Un jeune comme toi !

Vie de Saint Dominique Savio par le R.P. Delhaye sdb

 


 

Sommaire

 

Chapitre I – Jusqu’à la rencontre de Don Bosco

1. Les débuts2. Dominique à Murialdo3. Sa première communion 4. A l’école de Châteauneuf - 5. A l’école de Mondonio

Chapitre II – Chez Don Bosco

1. Rencontre de Don Bosco2. A l’Oratoire : l’envol décisif3. Dominique étudiant 4. Désir de sainteté5. Désir de sauver les âmes6. Avec ses condisciples7. Son esprit de prière. Sa dévotion mariale8. Une vie illuminée par les sacrements9. Ses pénitences 10. La Compagnie de l’Immaculée Conception11. Ses amitiés12. Faits mystérieux

Chapitre III – Le couronnement

1. Le terme approche2. Derniers jours à l’Oratoire3. Départ de Turin4. Les derniers jours5. La fin6. Dominique reste vivant7. Dominique revient8. Les reliques de Dominique Savio9. Miracles10. Sur les autels11. La pensée des Papes


 

Chapitre 1

 

Jusqu’à la rencontre avec Don Bosco

1. Les débuts

Jusqu'à la rencontre avec Don BoscoCharles Savio, forgeron, et son épouse Brigitte, couturière, vinrent s’établir à Riva di Chieri, à une vingtaine de kilomètres de Turin, en 1841. C’est là que, le 2 avril 1842, naquit un enfant de grâce qui devint leur consolation et qui reçut au baptême le nom de Dominique, un nom qui lui inspirera d’énergiques résolutions. Il fut le deuxième de dix enfants ; mais son aîné, qui avait reçu lui aussi le nom de Dominique, n’avait vécu que quinze jours.

En 1844, les parents retournèrent dans leur pays et s’établirent à Murialdo, à quelque 35 kilomètres de Turin. L’unique désir de ces vertueux parents fut d’élever leurs enfants comme de vrais enfants de Dieu. Dominique avait reçu du ciel une heureuse nature et un cœur incliné à la piété. A 4 ans, il récitait tout seul ses prières du matin et du soir, les prières avant et après les repas, l’Angélus. Il aimait déjà alors se retirer dans un coin pour y « parler avec Dieu ».

C’est lui qui veillait à ce qu’on n’oublie pas de prier. Un jour, ses parents, distraits, s’étaient mis à table sans prier. « Papa, s’exclama Dominique, nous n’avons pas encore prié Dieu de bénir notre repas », et il fit aussitôt le signe de la croix et récita la prière accoutumée. Un autre jour, un hôte avait commencé à manger sans prier. Tout triste, Dominique se retira dans un coin. A sa maman qui l’interrogeait plus tard, Dominique répondit : « Je ne voulais pas me mettre à table avec un homme qui mange comme les bêtes ».

Il aimait rester près de sa mère, à qui il obéissait ponctuellement en tous points, cherchant même à prévenir ses moindres désirs. Rien de plus beau, écrit Don Bosco, que l’accueil qu’il faisait à son père, quand après ses travaux ce dernier revenait à la maison. Dominique courait à sa rencontre, le prenait par la main et parfois lui sautait au cou : « Mon cher papa, lui disait-il, vous êtes bien fatigué, n’est-il pas vrai ? Vous travaillez tant pour moi, et jusqu’ici je n’ai fait que vous causer de l’ennui ; je prierai Dieu qu’il vous donne la santé et qu’il me rende sage. » En disant ces mots, il l’accompagnait à la maison, lui présentait une chaise pour s’asseoir et lui faisait mille caresses. « C’était pour moi, disait le père, un doux soulagement dans mes fatigues ; j’étais impatient de rentrer à la maison, pour donner un tendre baiser à mon petit Dominique, qui possédait toutes les affections de mon cœur. »

2. Dominique à Murialdo

Dominique à MurialdoDes choses à peine croyables, écrit Don Bosco. Mais le chapelain de Murialdo, qui les rapporte, est absolument digne de foi. « Dès les premiers jours de mon arrivée à Murialdo, dit-il, je remarquai un jeune enfant d’environ cinq ans, qui venait fréquemment à l’église avec sa mère. La sérénité de son visage, la grâce de sa personne, son maintien religieux attirèrent souvent mes regards comme ceux de beaucoup d’autres. Si par hasard en arrivant, il trouvait l’église fermée, alors c’était un spectacle charmant… Il s’approchait du seuil de la porte, se mettait à genoux, et, sa petite tête inclinée et les mains jointes, il priait avec ferveur jusqu’à ce que l’église fût ouverte. Même si la terre était humide, s’il tombait de la neige ou de la pluie, il se mettait à genoux et priait comme de coutume. Émerveillé par cette conduite et poussé par une légitime curiosité, je voulus savoir qui était cet enfant que je ne pouvais me lasser d’admirer. On me dit que c’était le fils du forgeron Charles Savio. Puis, quand le petit Dominique me rencontrait, du plus loin qu’il pouvait m’apercevoir, il donnait des signes de contentement et, levant sur moi son regard angélique, il me saluait respectueusement. Il commençait alors à fréquenter l’école et, comme il avait l’intelligence ouverte et une grande application au travail, il fit de rapides progrès. Bien que l’école ne manquât pas d’écoliers méchants et dissipés, je ne l’ai jamais vu se disputer avec personne. Il supportait patiemment les injures de ses camarades et, sans rien répondre, il s’éloignait. Je ne me rappelle pas l’avoir vu prendre part à des divertissements dangereux, ni se dissiper en classe. Lorsque certains camarades cherchaient à l’entraîner au mal, il savait par des raisons au-dessus de son âge désapprouver leur conduite et refusait toujours de les imiter.

Sa piété extraordinaire ne diminua pas avec les années. A cinq ans, il savait servir la messe, et il la servait avec une vraie piété. Il y venait tous les jours : si d’autres la servaient, il l’entendait, sinon il la servait lui-même pieusement. Comme il était de petite taille, il ne pouvait transporter le missel, et c’était une chose curieuse que de le voir s’approcher anxieux de l’autel, s’élever sur la pointe des pieds et étendre ses petits bras pour saisir le pupitre. Si le célébrant voulait lui faire un sensible plaisir, il ne devait pas transporter lui-même le missel, mais le rapprocher du bord de l’autel, afin que l’enfant pût le saisir ; joyeux, il le portait alors de l’autre côté.

II se confessait fréquemment et, dès qu’on le crut capable de distinguer le pain eucharistique du pain ordinaire, il fut admis à la première communion, qu’il reçut avec une piété au-dessus de tout éloge. A la vue du travail qu’opérait la grâce dans cette âme innocente, je me disais souvent en moi-même : « Voilà un enfant qui donne les plus belles espérances. Dieu veuille achever son œuvre et conduire à maturité des germes aussi précieux ! »

3. Sa première communion

Sa première communionRien ne manquait à Dominique Savio pour être admis à la première communion. Il savait par cœur son petit catéchisme, il avait une notion claire de l’auguste sacrement de nos autels et brûlait du désir de le recevoir. Mais dans les paroisses de campagne, on n’admettait guère les enfants à la première communion avant l’âge de onze ou douze ans. Or, Dominique n’en avait encore que sept. Il avait en outre contre lui sa petite taille qui le faisait même paraître plus jeune qu’il ne l’était, de sorte que le chapelain de Murialdo hésitait à le recevoir. Mais ses confrères, vu les dispositions de l’enfant, rassurèrent le chapelain, et Dominique fut admis à la première communion.

Il courut à la maison et annonça la nouvelle à sa mère avec les transports de la plus vive allégresse. Puis il songea à préparer son âme à la sublime rencontre. On le voyait tantôt prier, tantôt faire de saintes lectures. Après la messe il restait longtemps à l’église ; il y venait souvent avant qu’elle fût commencée ; on eût dit qu’il habitait déjà dans le ciel avec les anges. La veille du jour fixé pour la communion, il alla trouver sa mère et lui dit : « Maman, je vais faire ma première communion ; pardonnez-moi tous les manquements dont je me suis rendu coupable dans le passé. Je vous promets d’être beaucoup plus sage à l’avenir. Je serai plus attentif en classe, plus respectueux, plus obéissant. Je ferai tout ce que vous me commanderez. »

Après avoir dit ces mots, il se sentit tout ému et se mit à pleurer. Sa mère, qui, jusque là, n’avait reçu de lui que des consolations fut, elle aussi, émue jusqu’aux larmes. Elle rassura son fils. « Sois tranquille, lui dit-elle, mon cher Dominique, tout est pardonné. Prie Dieu qu’il te conserve toujours dans sa grâce ; prie aussi pour moi et pour ton père. »

Au matin de ce grand jour, Dominique se leva de bonne heure : il mit ses plus beaux habits et se rendit à l’église qu’il trouva fermée. Selon son habitude, il s’agenouilla sur le seuil jusqu’à ce que, les autres enfants étant arrivés, on ouvrit la porte. Avec les confessions, la préparation et l’action de grâce, la cérémonie dura cinq heures. Dominique, qui était arrivé le premier, partit le dernier. Durant tout ce temps, il ne savait s’il était sur la terre ou dans le ciel.

Le jour de la première communion fut pour Dominique un grand jour, le principe ou plutôt la continuation d’une vie surnaturelle qui peut servir d’exemple à tout vrai chrétien. Il écrivit certaines résolutions qu’il conservait dans un livre de piété et qu’il relisait souvent. Ces résolutions, écrit Don Bosco, j’ai pu me les procurer et je les ai transcrites fidèlement dans toute leur simplicité.

Résolutions prises par moi, Dominique Savio, l’an 1849, quand j’ai fait ma première communion à l’âge de sept ans.

  1. Je me confesserai souvent, et je communierai toutes les fois que mon confesseur me le permettra.
  2. Je veux sanctifier les jours de fête.
  3. Mes amis seront Jésus et Marie.
  4. La mort, mais pas de péchés.

Volonté de bannir tout péché par amour pour Jésus et Marie. Quel programme de vie ! Quel engagement à l’héroïsme ! Ces résolutions, poursuit Don Bosco, furent jusqu’à la fin de sa vie comme la règle de ses actions.

Si parmi ceux qui liront cette histoire, il y en a qui n’ont pas encore fait leur première communion, je leur recommande instamment de prendre pour modèle le jeune Savio. Mais je recommande surtout aux pères et aux mères de famille et à tous ceux qui exercent quelque autorité sur les enfants de donner la plus grande importance à cet acte religieux. Soyons persuadés que la communion bien faite est la base de toute la vie. Aussi est-il rare de trouver quelqu’un qui ait bien accompli cet acte religieux et ne soit pas demeuré bon et vertueux. Au contraire, on compte par milliers les jeunes gens pervers, qui font la désolation de leurs parents et de leurs maîtres ; et si l’on veut en chercher la cause, on la trouve presque toujours dans une première communion peu ou mal préparée. Il vaut mieux la différer et même ne pas la faire du tout que de la mal faire.

4. A l’école de Châteauneuf

A l'école de ChâteauneufSon vif désir d’étudier lui fit surmonter tous les obstacles, et il résolut d’aller à l’école municipale de Châteauneuf, éloignée d’environ 4 km. Voilà donc un enfant de dix ans qui devra faire chaque jour vers les 16 km de chemin pour aller à l’école et en revenir. Tantôt le vent fait rage, ou le soleil brûle ; tantôt il faut marcher dans la boue ou sous la pluie. Qu’importe à Dominique, il est disposé à supporter toutes les intempéries et à surmonter toutes les difficultés.

Un jour, un brave homme, voyant Dominique se rendre seul à l’école vers deux heures de l’après-midi sous un soleil de feu, s’approcha de lui et lui dit d’un ton affectueux :

- « Mon cher enfant, n’as-tu pas peur de voyager ainsi tout seul ?
- Je ne suis pas seul. Monsieur, car j’ai avec moi mon ange gardien qui ne me quitte pas.
- Mais tu dois trouver pénible de faire ce trajet quatre fois le jour par cette chaleur.
- Rien n’est pénible, quand on travaille pour un maître qui paie bien.
- Quel est donc le maître qui te paie ?
- Ce maître, c’est Dieu qui récompense même un verre d’eau donné par amour pour Lui.»

Un enfant de dix ans qui raisonne ainsi, conclura ce passant, fera certainement parler de lui, quelque carrière qu’il embrasse.

En été, plusieurs condisciples de Dominique avaient l’habitude d’aller se baigner. Ils prenaient leurs ébats tout dévêtus. Un jour, ils résolurent d’emmener Dominique avec eux, et ils y réussirent. Quand on lui eut dit que c’était mal, il en fut profondément affligé, et il fut impossible de l’y conduire de nouveau. Il pleura le péril auquel il avait exposé sa vie et son innocence. Néanmoins deux de ses condisciples plus audacieux et plus effrontés que les autres firent une nouvelle tentative.

- « Non, répondit Dominique, je ne sais pas nager. J’ai peur de mourir dans l’eau. Et puis, n’est-ce pas un péché d’aller dans un lieu où il y a du danger ?
- Nullement ; d’ailleurs tout le monde y va.
- De ce que tout le monde y va, il ne s’en suit pas qu’il n’y a pas de péché… Et bien, je demanderai à maman.
- Garde-toi bien d’en parler à ta mère, nigaud. Elle ne te le permettra certainement pas. Puis, elle en parlera à nos parents et ils nous rafraîchiront à coups de triques.
- Alors, si ma mère ne me le permet pas, c’est signe que c’est mal. C’est pourquoi je n’irai pas. D’ailleurs, cet amusement expose à offenser Dieu et à mourir dans l’eau, et j’ai bien promis de ne jamais y retourner. Si cela déplaît à vos parents, vous ne devriez plus le faire non plus, car Dieu punit les enfants qui ne craignent pas de faire ce qui déplaît à leurs parents. »

A l’école, sa conduite fut exemplaire en tous points. S’il voyait un élève attentif en classe, respectueux de ses maîtres, il en faisait son ami. Au contraire, les élèves méchants, insolents, qui négligeaient leurs devoirs, disaient de mauvaises paroles ou blasphémaient, ceux-là, il les fuyait comme la peste. Quant aux paresseux, aux insouciants, il les saluait, leur rendait service à l’occasion, mais il ne contractait avec eux aucune espèce de familiarité.

Voici d’ailleurs ce qu’écrivait à Don Bosco Don Alexandre Allora, prêtre et professeur à cette école communale : « Dominique Savio, je l’aimais comme un fils… Je garde de lui un souvenir très vif, de sa diligence, de sa bonne conduite et de ses vertus. » Pour ce qui est de sa vie religieuse, je ne saurais rien dire, car il demeurait très loin de Châteauneuf… Dominique fit chez nous la deuxième classe élémentaire. Il était de complexion délicate, faible. On lisait sur son visage une gravité mêlée de douceur, un je ne sais quoi de sérieux et d’aimable ; il était extrêmement doux de caractère, et d’une humeur toujours égale.

Son maintien était tel en classe, au dehors, à l’église, partout, qu’il ravissait d’admiration. Aussi je le regardais, je pensais à lui, j’en parlais toujours avec joie et amour. C’était pour moi une compensation des peines que me donnaient d’autres élèves. Il fut toujours vraiment sage de nom et de fait (Savio, en italien, veut dire sage), dans son application à l’étude, dans sa piété, dans ses relations avec ses condisciples, en un mot, dans toute sa conduite. En quelques mois, il fit des progrès extraordinaires. Il mérita toujours la première place de sa division et les autres récompenses honorifiques ; il obtint la plus haute note dans presque toutes les matières qu’on lui enseignait. Ces succès ne venaient pas seulement de son intelligence peu commune, mais aussi de son grand amour pour l’étude et la vertu.

Une chose digne d’admiration, c’était la manière dont il remplissait ses moindres devoirs d’écolier chrétien, en particulier son exactitude et son assiduité à l’école. Étant donné sa faible santé et la longue route qu’il parcourut chaque jour, en hiver et par tous les temps, et cela toujours avec tant de sérénité, je regarde cette assiduité comme l’effet d’un courage surhumain. La maladie de Dominique survenue en cette année scolaire 1852-53 et le changement de domicile de ses parents m’empêchèrent de m’occuper plus longtemps de ce cher élève… Ce fut un bonheur pour moi d’apprendre qu’il était admis à l’Oratoire Saint-François de Sales (Institut de Don Bosco) où il aura tout ce qu’il lui faut pour cultiver sa belle intelligence et nourrir sa lumineuse piété. »

5. A l’école de Mondonio

A l'école de MondonioVers la fin de l’année 1852, les parents de Dominique revinrent habiter Mondonio, village des environs de Châteauneuf. Là, sa conduite fut exemplaire comme à Murialdo et à Châteauneuf. Son nouveau maître, Don Cugliero, m’envoya une relation presque en tout semblable aux deux précédentes. Je me contenterai d’en extraire certains faits particuliers, afin d’éviter des répétitions.

« Je n’ai pas rencontré un seul enfant qui, pour la piété, fût comparable à Dominique. Il était jeune par l’âge, mais il avait la maturité d’un homme fait. Sa diligence, son application à l’étude, ses manières affables lui gagnaient l’affection de ses maîtres et faisaient de lui les délices de ses condisciples. Quand je le regardais à l’église, j’étais émerveillé de voir tant de recueillement dans un enfant si jeune. Plus d’une fois je me suis dit en moi-même : « Voilà une âme innocente, pour qui s’ouvre le ciel et qui en savoure les délices en la compagnie des anges. »

Parmi les traits de vertu, son maître cite le suivant :

« Un jour une faute très grave fut commise dans ma classe. Des garnements avaient bourré le poêle de cailloux et de neige bien tassée. Les coupables eurent l’audace d’accuser le brave Dominique. Je ne pouvais y croire ; mais on sut si bien colorer la calomnie que je m’y laissai prendre. Je dis à Dominique : « Comment, lui dis-je, c’est vous qui avez tenu une pareille conduite ! Vous mériteriez d’être chassé immédiatement de l’école; heureusement pour vous que c’est la première fois ; autrement… »

Dominique n’avait qu’un mot à dire pour se disculper, mais il se tut, baissa la tête et, comme un élève réprimandé justement, il ne leva plus les yeux. Je lui infligeai de se mettre à genoux au milieu de la classe. Dieu protège l’innocence. Le lendemain, le vrai coupable fut découvert et l’innocence de Dominique reconnue. Regrettant alors les reproches que je lui avais adressés, je le pris à part et lui dis :

« Pourquoi ne m’avez-vous pas dit que vous étiez innocent ? »

II me répondit : « Parce que le coupable, s’étant déjà fait punir, eût été certainement chassé. Pour moi, au contraire, j’espérais être pardonné, car c’était la première fois que j’étais accusé. D’ailleurs je pensais à notre divin Sauveur qui, lui aussi, avait été injustement calomnié. »

Tout le monde admira la patience et la charité de Dominique qui avait su rendre le bien pour le mal.

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Chapitre 2

 

Chez Don Bosco

1. Rencontre de Don Bosco

Rencontre de Don BoscoEn l’année 1854, écrit Don Bosco, Don Cugliero vint me parler de Dominique Savio : « Vous aurez difficilement des élèves, disait-il, qui le surpassent en intelligence et en vertu. Faites-en l’expérience et vous verrez que c’est un saint Louis de Gonzague. » II fut convenu qu’il me l’enverrait à Muriaido pendant la neuvaine préparatoire à la fête du Saint Rosaire.

Le premier lundi d’octobre, de bon matin, je vis un enfant venir à moi avec son père pour me parler. Son visage gracieux, son air souriant mais réservé, attirèrent mes regards. « Je suis Dominique Savio, me dit-il. Mon maître, Don Cugliero, vous a parlé de moi. Nous venons de Mondonio. » Alors je le pris à part, je lui demandai quelles études il avait faites, quel était son genre de vie. Aussitôt nous nous comprîmes parfaitement et la confiance fut réciproque. Je constatai que cet enfant était vraiment animé de l’esprit de Dieu. J’admirai le travail de la grâce dans un âge si tendre. Après un entretien assez long, je lui dis : « II me semble qu’il y a en toi de l’étoffe pour confectionner un bel habit pour le Seigneur.

- Donc je suis l’étoffé ; soyez le tailleur… Prenez-moi donc avec vous et faites de moi un bel habit pour le Seigneur.
- Je crains que la faiblesse de ta santé ne te permette pas de poursuivre tes études.
- Soyez sans crainte. Dieu qui m’a jusqu’ici donné santé et force m’aidera encore dans l’avenir.
- Et après tes études de latin, que penses-tu faire ?
- Si c’est la volonté de Dieu, je désire ardemment devenir prêtre.
- Bien. Maintenant je veux savoir si tu es capable d’étudier. Prends ce petit livre (c’était un fascicule des Lectures Catholiques), apprends cette page par cœur et demain tu viendras me la réciter. »

Je me mis à parler avec son père. Au bout de huit minutes, Dominique revint tout joyeux et me dit : « Si vous voulez, je suis prêt à vous réciter ma leçon. » Je constatai avec admiration non seulement qu’il savait le passage par cœur, mais encore qu’il en comprenait parfaitement le sens.

« Bien, lui dis-je, désormais je te regarde comme un de mes chers enfants. Dès maintenant, prie Dieu afin que l’un et l’autre nous fassions sa sainte volonté. » Ne sachant comment me témoigner sa reconnaissance, Dominique me prit la main, la baisa plusieurs fois et me dit : « J’espère me comporter de telle sorte que vous n’ayez jamais à vous plaindre de ma conduite. »

2. A l’Oratoire : l’envol décisif

A l'Oratoire : l'envol décisifDominique Savio entra à l’Oratoire Saint-François de Sales (la maison de Don Bosco à Turin) le 29 octobre 1854. L’œuvre de Don Bosco grandissait rapidement. Si souple et si généreux, Dominique s’y épanouit merveilleusement sous la direction du guide prestigieux que fut Don Bosco et prit de là son envol vers la plus haute sainteté. Don Bosco écrit : « Dans la vie de Dominique, toutes les vertus allèrent toujours se développant. A peine entré à l’Oratoire, il vint me trouver dans ma chambre pour se mettre entièrement, disait-il, entre les mains de ses supérieurs. Son regard tomba sur une inscription : « Da mihi animas, cœtera tolle ». Je lui dis : « Voici, ce que ces paroles signifient : O mon Dieu, donnez-moi des âmes et prenez le reste. » Dominique réfléchit un instant et me dit : « J’ai compris. On ne fait pas ici un commerce d’argent mais un commerce d’âmes. Aussi j’espère que la mienne sera une de celles que vous voulez gagner. »

La conduite de Dominique fut d’abord tout ordinaire. Il ne se distinguait que par l’observance exacte du règlement de la maison. Il se mit à étudier avec ardeur et s’appliqua à bien remplir tous ses devoirs. Il écoutait avec bonheur les prédications. Il avait au cœur cette conviction que la parole de Dieu est la lumière qui éclaire nos pas dans le chemin du ciel. Aussi toute sentence morale entendue dans un sermon était une règle de vie qu’il n’oubliait plus… Il demandait à ses supérieurs conseil et lumière, les suppliant de vouloir bien l’avertir chaque fois qu’ils le verraient faire quelque manquement. Sa conduite avec ses condisciples n’était pas moins sage. Remarquait-il un élève dissipé, négligent, peu fervent dans la prière, il l’évitait soigneusement. Au contraire, celui qu’il voyait exemplaire, studieux, zélé, loué de ses maîtres, comptait aussitôt parmi ses amis.

Maman Marguerite, la sainte mère de Don Bosco, était émerveillée par le comportement de Dominique Elle dit un jour à son fils : « Tu as beaucoup de bons enfants dans la maison. Mais le meilleur de tous, c’est Dominique Savio ». A l’approche de la fête de l’Immaculée Conception, le Directeur s’efforçait de préparer les élèves avec la plus grande ferveur pour honorer la Mère de Dieu et pour assurer aux jeunes gens des grâces de choix. En cette année 1854, on préparait à Rome la définition du dogme de l’Immaculée Conception. Dominique brûlait du désir de célébrer saintement cette fête. Il avait écrit sur neuf petits billets le nom d’une vertu, à pratiquer chaque jour de la neuvaine, et il en tirait un au sort tous les soirs. Après s’être bien préparé, il fit avec un saint zèle une confession générale et s’approcha de la table sainte avec le plus grand recueillement.

Le soir de ce jour, 8 décembre, les offices terminés, sur le conseil de son confesseur, Dominique se rendit à l’autel de la Sainte Vierge, et là, à genoux, il renouvela les promesses de sa première communion et répéta ces paroles textuelles à plusieurs reprises : « O Marie, je vous donne mon cœur, faites qu’il soit toujours vôtre. O Jésus, ô Marie, ne cessez jamais d’être mes amis. De grâce que je meure plutôt que d’avoir le malheur de commettre un seul péché. » Après que Dominique se fut placé ainsi sous la protection de la Sainte Vierge, sa conduite fut si parfaite, sa vie si pleine de traits édifiants que j’en pris note pour ne pas les oublier.

3. Dominique étudiant

Dominique étudiantL’application de Dominique Savio et sa grande facilité le mirent bientôt à même d’entrer en 3e classe d’Humanité sous la direction de l’excellent professeur Joseph Bonzanino. Sa conduite y fut toujours exemplaire comme précédemment. Je me contenterai donc, écrit Don Bosco, de signaler quelques faits édifiants. Le professeur Bonzanino ne se rappelait pas d’avoir eu jusque-là un élève plus attentif, plus docile, plus respectueux que le jeune Savio… Il se distinguait par sa modestie, par la décence de sa mise, et bien que d’humble condition, il était si poli, si affable, si bien élevé que ses condisciples, fils de nobles ou de bourgeois, nombreux dans cette classe, se plaisaient en sa compagnie, non seulement à cause de sa science et de sa piété, mais encore de ses manières aimables et gracieuses.

Dominique était un modèle en tout et partout. Aussi, quand le professeur voyait un élève porté à la dissipation, il plaçait à côté de lui Dominique pour le rappeler à son devoir. Ce fut durant cette année qu’arriva le fait suivant, voisin de l’héroïsme… Deux de ses condisciples voulaient absolument se battre. La querelle avait commencé par des insultes à l’adresse de leurs familles. On en vint aux injures, aux propos grossiers, et on décida de vider la dispute à coups de pierres. Dominique intervint dans l’espoir d’empêcher ce grave péché. Il commença par les engager à renoncer à leur projet, leur faisant observer que la vengeance est contraire à la raison et à la loi de Dieu. Il leur écrivit à l’un et à l’autre, les menaça de découvrir la chose au professeur, et même à leurs parents. Rien n’y fit, tant était enraciné leur désir de vengeance… Comment dès lors empêcher cette bataille ? Dieu inspira à Dominique un moyen. Après la classe, il leur dit : « Puisque vous persévérez dans votre dessein criminel, je demande que vous me permettiez de vous accompagner et que vous acceptiez une condition.

- D’accord, pourvu qu’elle n’empêche point la bataille.
- La condition, je vous la dirai sur place. Elle n’empêchera pas le duel.

On se rendit au lieu appelé : Prés de la Citadelle. La colère des deux adversaires était montée à un tel degré que Dominique eut bien de la peine à les empêcher de se battre durant le court trajet. Il tremblait en entendant leurs affreux propos. Arrivés au lieu fixé, les deux garçons se placèrent à une certaine distance. Déjà ils tenaient les pierres à la main, chacun cinq, quand Dominique s’écria :

« Avant de vous battre, je veux que vous remplissiez la condition que vous avez acceptée. » Ce disant, il tire un petit crucifix qu’il portait au cou et l’élève en l’air : « Je veux, dit-il, que chacun de vous fixe le regard sur ce crucifix et qu’ensuite il dise a haute voix : « Jésus-Christ, innocent, est mort en pardonnant à ses bourreaux, et moi, pécheur, je veux l’offenser par une vengeance publique. » Après cela, il va se mettre à genoux devant celui qui paraissait le plus exaspéré et lui dit : « Frappe, et lance sur ma tête la première pierre. »

Ce furieux, qui ne s’attendait à rien de pareil, se mit à trembler : « Non, dit-il, jamais. Je n’ai rien contre toi. Je suis même prêt à te défendre si quelqu’un t’attaquait. » Après cela, Dominique court vers l’autre, et lui redit les mêmes paroles. Celui-ci en fut déconcerté et tout tremblant lui dit qu’il était son ami et que jamais il ne lui ferait aucun mal. Alors Dominique se leva et, prenant un air sévère, il leur dit d’une voix tremblante d’émotion : « Comment, vous êtes prêts, l’un et l’autre, à vous exposer au danger pour me défendre, moi, misérable créature, et vous êtes incapables de pardonner une insulte, une moquerie proférée en classe, quand il s’agit de sauver votre âme qui a coûté le sang de Jésus-Christ, et que vous allez perdre en commettant le péché ?… » Après cela, il se tut, tenant toujours le crucifix élevé. Devant cet acte de charité et de courage, les deux adversaires furent vaincus. En ce moment, affirmait l’un deux, je me sentis bouleversé et je tremblais de tous mes membres… A cause de lui, je pardonnai de bon cœur à celui qui m’avait offensé. Puis, je priai Dominique de m’indiquer un prêtre à qui je pourrais me confesser, conscient d’avoir gravement offensé Dieu par mon désir de vengeance… Ce qui fait encore ressortir davantage la haute vertu de Dominique, c’est le silence qu’il garda toujours sur ce fait. On n’aurait absolument rien su, si les deux adversaires n’en avaient parlé en différentes occasions.

Le trajet de l’Oratoire à sa classe fut pour Dominique un exercice continuel de vertu. Docile aux ordres de ses supérieurs, soit à l’aller, soit au retour, il ne donnait pas un regard, il n’écoutait pas une parole qui eussent pu blesser la conscience d’un jeune chrétien. Il évitait les mauvais compagnons. Il fut invité un jour à aller faire une promenade et une autre fois à se livrer à une partie de plaisir, au lieu d’aller en classe, mais il sut refuser et motiver son refus.

Mon meilleur divertissement, écrivait-il, est dans l’accomplissement de mes devoirs et si vous êtes vraiment mes amis, il faut me conseiller non de les omettre, mais de les remplir. » Néanmoins, des compagnons faillirent un jour le faire tomber dans leur piège. Déjà il se décidait à les suivre et ce jour-là, à manquer la classe. Mais il comprit bien vite et se ressaisissant, il leur dit : « Mes amis, mon devoir est d’aller en classe. Nous nous engageons dans une voie qui déplaît à Dieu et à nos supérieurs. Je me repens de vous avoir suivis, et si vous continuez ainsi à me donner de mauvais conseils, vous ne serez plus mes amis. » Ses compagnons se rangèrent à son avis et l’accompagnèrent à l’école. A la fin de l’année, grâce à sa bonne conduite et à son zèle pour l’étude, Dominique mérita d’arriver parmi les premiers de la classe supérieure. Cependant, au commencement de l’année suivante, la santé de l’enfant parut fléchir, et l’on crut bon de le garder à l’Oratoire pour lui donner des leçons particulières. Ainsi on put lui faire prendre les ménagements nécessaires pour le sommeil, l’étude ou la récréation. L’année suivante qui était celle de rhétorique, Dominique sembla se mieux porter, et on l’envoya suivre les cours du remarquable professeur Don Mathieu Picco.

4. Désir de sainteté

Désir de saintetéJésus déclare dans l’évangile : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5,48). Saint Paul rappelle que Dieu nous veut saints (1 Th. 4,3 – Ep. 1,4). Ebloui par la grandeur et la bonté du Seigneur, Dominique éprouvait un besoin irrésistible et croissant de sainteté. Don Bosco raconte.

Dominique était depuis six mois à l’Oratoire lorsqu’on fît un sermon sur la manière de se sanctifier : c’est la volonté de Dieu que nous soyons des saints ; il est très facile de se sanctifier ; une grande récompense est réservée à ceux qui auront été des saints. Cette prédication fut pour Dominique comme une étincelle qui enflamma son cœur d’amour pour Dieu. Pendant quelques jours il n’en dit rien ; il était moins gai que de coutume. Je lui demandai de quel mal il souffrait. « Je ne souffre d’aucun mal, mais plutôt d’un bien.

- Que veux-tu dire ?
- Je veux dire que j’éprouve le désir et le besoin d’être un saint. Je ne croyais pas que ce fût si facile, mais maintenant je sais que la sainteté n’empêche pas la gaieté. Je veux être saint : c’est pour moi un besoin impérieux, une nécessité. Dites-moi donc ce qu’il faut faire pour cela. »

Je lui dis que son désir était louable, mais qu’il ne devait pas se troubler, parce que le trouble de l’âme empêche de connaître la volonté de Dieu. Je lui dis qu’avant tout, il fallait qu’il se maintînt dans une joie modérée et constante, qu’il accomplît bien ses devoirs de piété et d’étude et qu’il ne manquât jamais de prendre part à la récréation avec ses camarades. Un jour je lui déclarai que je voulais lui faire un cadeau de son goût, mais qu’il devait le choisir lui-même.

- Le cadeau que je vous demande, dit-il, c’est que vous fassiez de moi un saint. Je veux me donner à Dieu tout entier et pour toujours : j’éprouve un vrai besoin de me sanctifier, et si je ne me sanctifie pas, je ne fais nen. Dieu me veut saint, et je dois le devenir. Un jour, le Directeur (Don Bosco), voulant donner une marque spéciale d’affection à ses élèves de l’Oratoire leur recommanda d’écrire sur un billet, la chose que chacun désirait. Dominique écrivit : « Je vous demande de sauver mon âme et de faire de moi un saint. »

Un jour, nous expliquions certains mots d’après leur étymologie. « Et Dominique, dis-je, qu’est-ce que cela signifie ? On me répondit :

- Dominique vient du mot « Dominicus » et signifie celui qui est du Seigneur.
- Voyez, s’exclama Dominique, si j’ai raison de vouloir être un saint. Mon nom m’en avertit, puisqu’il signifie celui qui appartient au Seigneur. Je dois donc et je veux être entièrement à Dieu. Je veux être saint et je serai malheureux tant que je ne serai pas un saint. »

Au départ, Dominique pensait que, pour être saint, il fallait s’imposer de grandes pénitences, passer de longues heures en prière… Don Bosco lui fit comprendre qu’il devait plutôt suivre la voie commune sans chercher des choses extraordinaires ; l’accomplissement parfait de la volonté de Dieu (devoir d’état…) dans la joie, le zèle mis à gagner les âmes à l’amour de Dieu…

5. Désir de sauver les âmes

Désir de sauver les âmesLe premier conseil donné à Dominique pour se sanctifier fut de travailler à gagner des âmes à Dieu ; puisqu’il n’y a rien au monde de plus saint que de coopérer au salut des âmes pour lesquelles Jésus- Christ a versé jusqu’à la dernière goutte de son sang. Dominique l’avait compris et répétait souvent : « Si je pouvais gagner à Dieu tous mes condisciples, que je serais heureux ! » II ne laissait passer aucune occasion de donner de pieux avis et d’avertir ceux qui, en paroles ou en actions, transgressaient la sainte loi de Dieu. Une chose qui lui inspirait une vive horreur et qui contribua même à altérer sa santé, était d’entendre blasphémer ou prononcer en vain le saint nom de Dieu. Si parfois il entendait de semblables paroles, il baissait la tête tout centriste et disait pieusement au fond de son cœur : « Loué soit Jésus-Christ ! »

Un jour qu’il traversait une place, son compagnon le vit ôter son chapeau et murmurer des paroles à voix basse. « Que fais-tu ? que dis-tu ? demanda ce dernier. – N’as-tu pas entendu ce charretier qui vient de prononcer en vain le saint nom de Dieu, répondit Dominique ? J’aurais voulu l’avertir de ne plus recommencer, mais j’ai craint de lui faire proférer des paroles encore plus mauvaises et je me suis contenté de dire : « Loué soit Jésus-Christ ! » Ainsi, j’ai réparé quelque peu l’outrage fait au saint nom de Dieu »

Un jour qu’il revenait de classe, il entendit un homme d’un certain âge proférer un horrible blasphème. Dominique en fut saisi d’horreur. Il bénit Dieu intérieurement. Puis il s’avança vers le blasphémateur :
« Pourriez-vous, Monsieur, m’indiquer où se trouve l’Oratoire Saint-François-de-Sales ? »
- Je ne connais pas l’Oratoire, mon petit ami et je le regrette. Tu as l’air si gentil et j’aurais été heureux de te faire plaisir ».
Dominique lui dit alors à l’oreille : « Vous me feriez un grand plaisir si dans votre colère vous vous vouliez bien ne plus blasphémer le saint nom de Dieu.
- Bravo, mon enfant, reprit l’homme, tu as raison, c’est une mauvaise habitude et je veux m’en corriger a tout prix. »

Dans une dispute, un enfant de neuf ans avait proféré le nom adorable de Jésus. Dominique fut saisi d une sainte indignation ; il s’interposa entre les deux combattants et finit par les calmer. Puis s’adressant à celui qui avait blasphémé le saint nom de Jésus. « Viens avec moi, lui dit-il, tu seras content. » II le prit par la main, le conduisit à l’église le fit agenouiller devant l’autel et lui dit : « Demande pardon à Dieu du péché que tu viens de commettre en proférant en vain Son saint nom. » Puis il ajouta : « Pour réparer l’outrage que tu as fait à Notre Seigneur dis avec moi : Loué soit Jésus-Christ, qu’à jamais son nom soit loué ! »

Dominique lisait de préférence la Vie des Saints qui avaient travaillé d’une manière plus spéciale au salut des âmes. Il parlait volontiers des missionnaires, qui se donnent tant de peine, dans les pays lointains, pour étendre !e règne de Dieu. Ne pouvant leur envoyer des secours matériels, il offrait à Dieu, chaque jour, quelques prières, et communiait au moins une fois par semaine à leur intention. Plusieurs fois je l’ai entendu s’écrier : Combien d’âmes en Angleterre implorent notre secours. Si j’avais assez de santé et de vertu, je voudrais y aller immédiatement et par la prédication et l’exemple, les gagner toutes à Notre Seigneur ». Il gémissait en lui-même et parlait souvent du peu de zèle qu’on mettait à faire le catéchisme aux enfants et à les instruire des vérités de la religion. « Aussitôt que j’aurai la soutane, disait-il, j’irai à Mondonio, je rassemblerai les enfants dans une salle et je leur ferai le catéchisme. Je leur raconterai de belles histoires pour les intéresser et les rendre sages. Combien de pauvres enfants se perdent pour n’avoir personne qui les instruise des vérités de la foi ! »

Et Dominique joignait les actes aux paroles. Il faisait tous les dimanches le catéchisme à l’église de l’Oratoire. Et il était toujours prêt à l’expliquer à n’importe qui. Il aimait tant parler des choses spirituelles et faire connaître aux autres l’importance du salut de l’âme. Un jour, un de ses condisciples l’interrompit dans le récit d’une histoire édifiante :

- « A quoi bon raconter ces histoires ?
- « A quoi bon, répliqua Dominique ? Je les raconte parce que l’âme de mes camarades a été rachetée par le sang de Jésus-Christ ; je les raconte parce que nous sommes tous frères et que nous devons nous entraider dans l’affaire du salut ; je les raconte parce que Dieu nous ordonne de nous aimer les uns les autres ; je les raconte parce que si je réussis à sauver une seule âme, je suis sûr de sauver la mienne ».

Ce zèle des âmes ne se ralentissait pas en Dominique pendant les vacances. Tout ce qu’on lui donnait en classe, au catéchisme, en fait d’images, de médailles, crucifix… il le mettait de côté pour les vacances. De plus, avant de quitter l’Oratoire, il demandait à ses supérieurs tout ce qu’ils pouvaient lui donner pour ses petits amis. Puis, aussitôt arrivé dans son pays natal il se voyait entouré d’enfants de son âge et d’autres encore plus jeunes ou plus âgés, qui tous se faisaient un plaisir de s’entretenir avec lui. Quant aux récompenses, il les leur donnait en temps opportun, pour les rendre attentifs aux questions qu’il leur posait, soit sur le catéchisme, soit sur l’accomplissement de leurs devoirs. Par ces petites industries, il trouvait ainsi moyen de mener avec lui quelques enfants, soit au catéchisme, soit aux offices religieux. Il lui arriva de consacrer un temps considérable à instruire un de ses petits compatriotes :

- « Si tu fais bien le signe de la croix, lui disait-il, je te donnerai une médaille et je te conduirai vers un prêtre qui te fera cadeau d’un beau livre. Mais je voudrais que tu le fasses très bien et qu’à la fin, en joignant les mains, tu dises : Ainsi soit-il. »

Dominique désirait que le signe de la croix fût toujours très bien fait. Il le faisait lui-même plusieurs fois devant ses petits élèves en les engageant à faire comme lui.

Outre son exactitude à remplir ses moindres devoirs, il donnait encore ses soins à deux frères à qui il apprenait à lire et à écrire, à qui il faisait le catéchisme, et qu’il aidait à réciter leurs prières du matin et du soir. Il les menait à l’église, leur donnait de l’eau bénite et leur enseignait à bien faire le signe de la croix. Il racontait aussi des histoires à ses parents et à d’autres personnes qui l’écoutaient volontiers. Il ne manquait pas de faire chaque jour la visite au Saint-Sacrement et c’était pour lui un vrai bonheur quand il pouvait y amener avec lui quelques compagnons. Aussi l’on peut dire qu’il ne laissait échapper aucune occasion de faire une bonne œuvre et de donner un conseil utile au salut.

6. Avec ses condisciples

Avec ses condisciplesLa pensée de gagner des âmes à Dieu ne quittait pas Dominique. Il était l’âme des récréations, mais tout ce qu’il disait et faisait tendait à sa propre sanctification et à celle de ses condisciples. Souvent il entretenait la conversation sur des questions de classe et assaisonnait ses paroles de récits plaisants. Il mettait fin aux murmures par quelque bon mot, par une drôlerie et empêchait ainsi l’offense de Dieu. Son air joyeux, son caractère vif et enjoué le faisaient aimer même de ses condisciples les moins portés à la prière, qui eux aussi écoutaient ses avis. Un jour un de ses camarades parlait de se masquer : Dominique l’en dissuada.

- « Voudrais-tu, lui dit-il, devenir réellement tel que tu vas te déguiser ?… Pourquoi enlaidir ainsi la belle figure que Dieu t’a donnée ! »

Une autre fois, pendant la récréation, un individu s’avança dans la cour au milieu des jeunes gens… Il se mit à débiter des horreurs, tournant en dérision les choses les plus saintes et critiquant les ministres de l’Église. Quelques jeunes gens ne voulant pas entendre ces impiétés, se contentèrent de se retirer ; mais bon nombre d’étourdis continuaient à écouter. Sur ces entrefaites Dominique arrive. A peine a-t-il compris ce dont on parle qu’il se tourne sans respect humain vers ses camarades et leur dit : « Allons-nous-en ! Ne voyez-vous pas que cet homme veut nous voler notre âme ? » Tous suivirent Dominique. Le misérable, se voyant seul, s’en alla et ne reparut plus. Un dimanche, certains élèves voulaient aller se baigner ; Dominique, s’apercevant qu’ils y étaient absolument décidés, prit un ton d’autorité et leur dit :

- « Je ne veux pas que vous y alliez… Vous désobéissez à vos supérieurs et vous vous exposez à scandaliser ou à être scandalisés, et aussi à vous noyer. Et cela; dites-vous, n’est pas mal ?

- « Mais nous avons tellement chaud que nous n’en pouvons plus.

- « Si vous ne pouvez pas supporter la chaleur d’ici-bas, comment ferez-vous pour supporter le feu de l’enfer que vous allez mériter ? » Ils renoncèrent à leur projet.

Quelques élèves de l’Oratoire, voulant faire du bien à leurs condisciples, formèrent une association qui avait pour but la conversion des élèves indisciplinés. Dominique entra dans cette association et se distingua parmi les membres les plus zélés. Aussi, quand il avait une dragée, un fruit, une médaille, une image ou autre chose de ce genre, il disait :

- « Je le donnerai à celui qui répondra le mieux à une demande du catéchisme. »

Alors il interrogeait les plus dissipés, et pour peu qu’ils répondissent bien, il leur faisait un petit cadeau. Parfois aussi il procédait autrement, il abordait ses clients, les engageait à se promener avec lui et les faisait causer. Si cela était nécessaire, il jouait avec eux. Mais, à un moment donné, suspendant la partie, il disait :

- « Veux-tu que samedi, nous allions nous confesser ? ».

L’autre, désirant reprendre tout de suite la partie, ou bien encore pour faire plaisir à Dominique, répondait : « Oui ». C’était tout ce que demandait Dominique et l’on se remettait au jeu. Mais il ne perdait pas de vue son partenaire, et chaque jour, d’une manière ou d’une autre, il lui rappelait sa promesse et lui apprenait à bien se confesser. Le samedi, il le menait à l’église, se confessait le premier, avertissait le confesseur qu’il lui amenait quelqu’un et après la confession, faisait avec son ami l’action de grâces.

Les faits de ce genre se reproduisaient souvent. C’était pour Dominique le sujet d’une grande joie et pour ce condisciple, une grâce précieuse. Car il arrivait souvent que tel auditeur, resté insensible à une prédication, était gagné par le zèle amical de son condisciple. Si un compagnon manquait à sa promesse, il lui disait :

- « Pauvre ami, tu as subi l’influence du démon. Aussi, en ce moment, tu es encore plus mal disposé, je m’en aperçois à ta mauvaise humeur. Allons ! un peu de courage et va te confesser ; fais un généreux effort et tu verras comme tu seras content. »

Ceux que Dominique avait ainsi gagnés, venaient ordinairement le trouver après la confession pour lui dire la joie qu’ils éprouvaient. « II est certain, disaient-ils, que la confession nous a fait un grand bien et à l’avenir nous irons plus souvent. » Ceux qui étaient délaissés par les autres parce qu’ils étaient grossiers ou en proie au chagrin, devenaient les amis de Dominique. Il les recherchait et leur adressait quelque bonne parole. Ainsi, ceux qui étaient tentes de s’engager dans la voie du mal, étaient réconfortés et revenaient à de meilleurs sentiments. Les malades aussi, à l’infirmerie, réclamaient les soins de Dominique, et tous ceux qui avaient des peines, les lui confiaient pour en recevoir du soulagement.

7. Son esprit de prière – Sa dévotion mariale

Son esprit de prière - Sa dévotion marialeSi nous voulons réussir notre vie et la rendre riche et rayonnante, nous devons la construire intensément avec le Seigneur, avec Notre-Dame. La vraie prière illumine et soulève toujours tellement la vie. Dans la vie de Dominique Savio , tout jaillissait de la prière : voilà la cause profonde de tout son rayonnement. Don Bosco écrit : parmi les grâces dont Dieu enrichit l’âme de Dominique, on peut mettre en première ligne sa ferveur dans la prière. Il était tellement habitué à converser avec Dieu que partout, même au milieu des récréations les plus bruyantes, il recueillait ses pensées en Dieu et élevait son cœur vers Lui. Pendant les prières faites en commun, il ressemblait à un ange. Immobile, dans une attitude où tout respirait la piété, sans autre appui que l’agenouilloir, le visage souriant, la tête légèrement penchée et les yeux baissés ; on l’aurait pris pour un autre saint Louis de Gonzague. Il suffisait de le regarder pour être édifié. Pendant la récréation, il s’adonnait souvent avec ses amis à des lectures pieuses ou bien à réciter quelques prières à l’église en l’honneur de Marie et pour le soulagement des âmes du purgatoire. La dévotion de Dominique envers la Mère de Dieu était très grande. Il s’imposait chaque jour quel que mortification en son honneur.

Si nous voulons réussir notre vie et la rendre riche et rayonnante, nous devons la construire intensément avec le Seigneur, avec Notre-Dame. La vraie prière illumine et soulève toujours tellement la vie. Dans la vie de Dominique, tout jaillissait de la prière : voilà la cause profonde de tout son rayonnement. Don Bosco écrit : parmi les grâces dont Dieu enrichit l’âme de Dominique, on peut mettre en première ligne sa ferveur dans la prière. Il était tellement habitué à parler avec Dieu que partout, même au milieu des récréations les plus bruyantes, il recueillait ses pensées en Dieu et élevait son cœur vers Lui. Pendant les prières faites en commun, il ressemblait à un ange. Immobile, dans une attitude où tout respirait la piété, sans autre appui que l’agenouilloir, le visage souriant, la tête légèrement penchée et les yeux baissés ; on l’aurait pris pour un autre saint Louis de Gonzague. Il suffisait de le regarder pour être édifié. Pendant la récréation, il s’adonnait souvent avec ses amis à des lectures pieuses ou bien à réciter quelques prières à l’église en l’honneur de Marie et pour le soulagement des âmes du purgatoire.

La dévotion de Dominique envers la Mère de Dieu était très grande. Il s’imposait chaque jour quelque mortification en son honneur. En se rendant en classe, il tenait toujours les yeux baissés, même si des compagnons voulaient attirer son attention sur quelque spectacle attrayant. Un compagnon lui dit un jour sur un ton fâché : « Que veux-tu donc faire de tes yeux, si tu ne t’en sers pas pour voir et regarder ? Je veux m’en servir, répondit Dominique, pour contempler la beauté de notre Mère du ciel, quand j’irai, si j’en suis digne, la voir en Paradis. » II avait une dévotion toute spéciale au Cœur Immaculé de Marie. Chaque fois qu’il se rendait à l’église, il allait prier devant son autel. Il demandait la grâce de conserver son cœur pur de toute affection déréglée… « O Marie, disait-il, je veux toujours être votre enfant. Obtenez-moi de mourir plutôt que de commettre un péché contre la vertu de pureté. »

Tous les vendredis pendant la récréation, il allait à l’église avec quelques-uns de ses compagnons, pour réciter le chapelet des Sept Douleurs de Marie, ou au moins les litanies de Notre-Dame de Compassion. Non seulement il avait une dévotion personnelle envers Marie, mais encore il se réjouissait extrêmement de pouvoir lui faire rendre quelques hommages par d’autres. Un samedi, pendant l’hiver, il avait invité un de ses amis à venir avec lui à la chapelle pour réciter les vêpres de la Bienheureuse Vierge Marie. Ce dernier s’y rendait de mauvaise grâce, alléguant qu’il avait froid aux mains. Dominique ôta ses gants, les donna à son compagnon, et ils se rendirent ainsi à la chapelle. Une autre fois, il enleva son manteau de dessus ses épaules pour le donner à son compagnon, afin que celui-ci le suivit plus volontiers à l’église. Qui n’admirerait une piété si généreuse ? Jamais Dominique ne montrait plus de ferveur envers notre céleste protectrice que durant le mois de mai. Il s’entendait avec ses amis pour faire chaque jour, en dehors de l’exercice public, l’un ou l’autre acte particulier de dévotion. Il préparait toute une série d’histoires qu’il racontait pour inspirer à ses condisciples l’amour de Marie. Il parlait souvent d’elle en récréation et exhortait ses camarades à communier fréquemment durant ce mois. Il donnait lui-même l’exemple en s’approchant chaque jour de la sainte Table avec un recueillement au-dessus de tout éloge.

Les élèves de son dortoir voulurent élever à leurs frais un petit autel pour la clôture du mois de Marie. Dominique était tout feu tout flamme pour cette idée. N’ayant pas d’argent, il apporta à ses compagnons un de ses livres de prix : « Voici mon offrande pour honorer Marie. Voici un livre, je vous le donne, faites-en ce que vous voudrez. » Cet acte de Dominique piqua d’émulation ses amis qui, eux aussi, offrirent des livres et d’autres objets. L’autel dressé, les élèves désiraient donner à la fête l’éclat des grandes solennités. On poussa activement les préparatifs ; néanmoins on ne put terminer assez tôt et il fallut travailler la nuit. Dominique voulait y consacrer toute la nuit. Mais, comme il sortait de maladie, ses camarades l’obligèrent à aller prendre son repos. Il y consentit. « Au moins, dit-il, aussitôt que vous aurez tout fini, venez me réveiller pour que je puisse, le premier, voir le bel autel que vous aurez élevé en l’honneur de notre bonne Mère. »

8. Une vie illuminée par les sacrements

Une vie illuminée par les sacrementsLa vie chrétienne est une « vie surnaturelle ». Elle jaillit des sacrements. Elle est entretenue et se développe par les sacrements, ces moyens prodigieux auxquels le Seigneur a conféré cette puissance extraordinaire de transfigurer et d’illuminer les âmes et d’y insuffler la vie divine. Aussi ne faut-il pas s’étonner que Don Bosco ait fondé toute sa méthode d’éducation sur les sacrements.

Don Bosco écrit : « Donnez-moi un adolescent qui reçoive souvent les sacrements de Pénitence et d’Eucharistie, et vous le verrez croître dans sa jeunesse et passer de l’âge mûr jusqu’à la plus longue vieillesse comme un modèle de vertus chrétiennes. Plût au Ciel que les jeunes gens comprennent cette vérité pour la mettre en pratique, et que tous les éducateurs la comprennent également pour en faire la règle de leur conduite !»

Avant que Dominique vînt à l’Oratoire, il se confessait et communiait tous les mois, selon le règlement des écoles, mais à l’Oratoire, il le fit plus souvent. Un jour il entendit un prédicateur qui disait : « Jeunes gens, si vous voulez persévérer dans le chemin du ciel, je vous recommande de vous approcher fréquemment des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie. Pour cela choisissez un confesseur à qui vous puissiez ouvrir entièrement votre cœur, et ne le quittez pas sans nécessité. » Dominique commença par choisir son confesseur (Don Bosco lui-même) et ne le quitta plus jamais. Afin de se faire bien connaître à ce prêtre, il voulut lui faire une confession générale. Il commença d’abord par se confesser tous les quinze jours, puis tous les huit jours, et chaque fois il communiait. Son confesseur, voyant les grands progrès qu’il faisait dans la vie spirituelle, lui conseilla de communier trois fois par semaine et, au bout d’un an, il lui permit la communion quotidienne.

A noter : à cette époque, la communion quotidienne n’était guère en usage. Don Bosco lui-même exigeait une volonté ferme de progresser dans la vertu pour permettre la communion fréquente. Ce n’est que vers 1910 que l’Église, en la personne du Pape Saint Pie X, chercha à répandre l’usage de la communion fréquente ou même quotidienne.

Durant quelque temps il fut tourmenté de scrupules et il voulait se confesser tous les quatre jours, et même plus souvent ; mais son confesseur ne le lui permit pas, et exigea que par obéissance, il s’en tînt à la confession hebdomadaire. Dominique avait en son confesseur une confiance illimitée et lui parlait en toute simplicité des choses de son âme, même en dehors de la confession. On lui conseilla bien l’une ou l’autre fois de le quitter, mais il ne voulut jamais. Le confesseur, disait-il, est le médecin de l’âme. Or, on ne change de médecin que pour deux raisons : ou parce qu’on n’a pas confiance en lui, ou parce que le mal est désespéré ; ce qui n’est pas le cas pour moi. Si j’ai quelque peine intérieure, je vais trouver mon confesseur pour qu’il me fasse connaître la volonté de Dieu, puisque Jésus-Christ nous assure que la voix du confesseur est la voix même de Dieu.

Ensuite, si je désire de grandes choses, je vais recevoir l’Hostie Sainte où se trouve le corps que Jésus-Christ a immolé sur la croix, avec son sang, son âme et sa divinité. Que me manque-t-il donc pour être heureux en ce monde ? Il ne me manque que de voir à découvert dans le ciel Celui que je contemple sur l’autel avec les yeux de la foi. Avec de pareilles dispositions, Dominique était vraiment heureux. De là naissaient cette douce gaieté, cette joie céleste qui brillait sur son visage et l’accompagnait partout. Il était, d’ailleurs, si bien préparé pour la communion fréquente. Sa conduite était en tous points irréprochable. Tous ses condisciples ont pu en témoigner. Sa préparation à la communion était édifiante. La veille, avant de se mettre au lit, il ne manquait pas de faire une prière pour demander la grâce de bien communier. Il la terminait toujours par ces paroles : « Loué et adoré soit à tout instant le très saint et divin Sacrement. » Sa préparation du matin était soignée. Son action de grâces ne finissait pas. Ordinairement, si on ne l’avertissait pas, il oubliait le déjeuner, la récréation et parfois la classe. Il restait indéfiniment en prière, ou mieux en contemplation, admirant la bonté de Dieu qui se communique ainsi à nous dans son infime miséricorde. Chaque jour, il communiait à une intention particulière : en l’honneur de la Sainte Trinité, de la passion de Jésus, de la Sainte Vierge…

C’était pour lui un vrai bonheur de passer une heure en adoration devant le Saint-Sacrement. Au moins une fois le jour, il faisait invariablement sa visite à Jésus-Hostie et il invitait quelques-uns de ses condisciples à l’accompagner. La prière qu’il aimait surtout à réciter dans ses visites était le chapelet du Sacré-Cœur, destiné à réparer les injures que Jésus reçoit dans son sacrement de la part des hérétiques, des infidèles et des mauvais chrétiens. Il prenait part avec une sainte joie à toutes les cérémonies en l’honneur du Très Saint-Sacrement. S’il lui arrivait de rencontrer un prêtre qui portait le saint Viatique à un malade, il se mettait à genoux, où qu’il fût, et si ses occupations le lui permettaient, il l’accompagnait jusqu’à la fin de la cérémonie.

9. Ses pénitences

Ses pénitences« Si vous ne faites pénitence, nous dit Jésus, vous périrez tous ». Et encore : « Si quelqu’un veut me suivre, il doit porter sa croix chaque jour ». L’esprit de sacrifice et de pénitence est indispensable à toute vie chrétienne authentique. La voie des souffrances, écrit Don Bosco, paraissait à Dominique toute couverte de roses. La patience à supporter les outrages, les contradictions, la mortification continuelle des sens, durant la prière, en classe, pendant l’étude et la récréation : cette mortification était habituelle chez Dominique. Mais il voulait aussi mortifier son corps. Dans sa ferveur, il avait résolu de jeûner au pain et à l’eau tous les samedis en l’honneur de la Très Sainte Vierge ; mais son confesseur le lui défendit. Il voulait aussi jeûner durant le Carême, mais au bout d’une semaine son directeur le sut et la chose lui fut interdite. Il voulait au moins supprimer le déjeuner ; on l’en empêcha encore à cause de sa mauvaise santé. Ne pouvant donc se mortifier par l’abstinence et le jeûne, il voulut affliger son corps d’une autre manière. Il commença par mettre des petits morceaux de bois et de briques dans son lit pour souffrir même en dormant ; il voulait porter un cilice ; mais toutes ces choses lui furent défendues. Il décida alors de ne se couvrir que d’une mince couverture la nuit pendant l’hiver. Un jour, le directeur le constata et lui dit :

- « Tu veux donc te faire mourir de froid ? »
- « Jésus dans la crèche et sur la croix, répondit-il, était moins couvert que moi. »

II lui fut absolument défendu de faire aucune espèce de mortification sans en avoir obtenu auparavant la permission formelle de son directeur. Il se soumit à cet ordre, mais non sans peine. Un jour je le rencontrai et il me dit : « Hélas ! Je ne sais vraiment que faire. Notre-Seigneur affirme que si nous ne faisons pénitence, nous n’irons pas au Paradis, et à moi on défend de faire pénitence ; comment donc pourrai-je aller au Paradis ?

- « La pénitence que Dieu demande de toi, répliqua le directeur, c’est l’obéissance.
- « Ne pouvez-vous pas au moins me permettre quelque autre mortification ? »
- « La mortification que je te permets c’est la patience à supporter les déplaisirs qu’on pourra te faire, d’endurer avec résignation le chaud, le froid, le vent, la pluie, les fatigues et toutes les maladies qu’il plaira à Dieu de t’envoyer.
- « Mais souffrir ainsi, c’est souffrir par nécessité. »
- « Fais de nécessité vertu, endure toutes ces choses pour l’amour de Dieu, elles seront méritoires, et serviront à sanctifier ton âme. »

Ces paroles tranquillisèrent Dominique et il s’en alla content. Dominique veillait aussi grandement à mortifier ses sens extérieurs. Sa modestie, qui lui semblait si facile et si naturelle, était le fruit de grands efforts aidés par la grâce. Il avait le regard vif, scrutateur, et il lui en coûta énormément pour mortifier sa vue. Il a confié plusieurs fois à des amis que la mortification des yeux lui occasionnait quelquefois de violents maux de tête. Et cependant sa réserve dans les regards était toujours si parfaite et si rigoureuse. Jamais un regard déplacé. « Les yeux, disait-il, sont des fenêtres. Or, il passe par les fenêtres ce qu’on y fait passer ; nous pouvons donc faire passer par ces fenêtres soit un ange, soit aussi un démon avec ses cornes, et ainsi amener l’un ou l’autre à s’emparer de notre cœur. »

Un jour, des compagnons regardaient ensemble un journal aux images obscènes et impies. Dominique s’en aperçut, arracha le journal et le déchira en petits morceaux. Aux élèves stupéfiés, il déclara : « Mes pauvres amis ! Dieu a créé nos yeux pour admirer la beauté de ses œuvres, et vous vous en servez pour regarder des abominations, inventées par la malice des hommes pour perdre notre âme ! Avez-vous donc oublié ce qu’on nous a prêché si souvent ? Notre divin Sauveur a dit qu’un seul regard mauvais peut souiller notre âme et vous allez repaître vos yeux de ces saletés !… Serez-vous disposés à rire quand vous serez en enfer ?… Et si vous n’y voyez pas de mal, c’est bien pire encore ! Ne pas voir de mal dans ces horreurs, c’est un signe que vos yeux y sont déjà habitués, et cette habitude vous rend encore plus coupables. » Cette énergie de langage imposa silence à tout le monde.

A la modestie des yeux, Dominique joignait une grande retenue dans les paroles. Il laissait volontiers la parole aux autres. Jamais personne ne surprit sur ses lèvres la moindre parole dite mal à propos soit en étude, soit en classe, ou à l’église, en “n mot dans n’importe quel exercice d’étude ou de piété. Bien plus, si par hasard il était insulté par quelqu’un, il savait réprimer sa colère et retenir sa langue.

Un jour, il avait averti un de ses compagnons d’une mauvaise habitude qu’il avait remarquée en lui. Ce dernier se fâcha et se porta aux pires excès. Il accabla Dominique de reproches et finit par le frapper à coups de poings et à coups de pieds. Le visage de Dominique s’empourpra de colère, mais il la réprima et se contenta de dire : « Je te pardonne. Tu as mal agi. Tâche de ne pas traiter les autres de cette façon. »

Avec quelle sévérité il mortifiait aussi les autres sens ! Durant l’hiver il souffrait d’engelures aux mains. Mais, au lieu de se plaindre, il semblait y prendre plaisir : « Plus les engelures sont grosses, disait-il, plus elles font du bien à la santé », et par la santé il entendait celle de l’âme. Durant les rudes froids de l’hiver, il avait coutume de marcher lentement vers l’école dans le but de souffrir et de faire pénitence en toute occasion.

On rencontre souvent dans les pensionnats, écrit Don Bosco, des élèves mécontents de tout. Ils sont une vraie croix pour les supérieurs. La conduite de Dominique était toute différente. Jamais de ses lèvres ne tombait un mot de plainte, ni à cause du froid de l’hiver, ni à cause des chaleurs de l’été. Qu’il fît beau ou mauvais temps, son visage reflétait toujours la même gaieté. Quoi qu’on lui servît à table, il se montrait également satisfait. Bien plus, il trouvait moyen de se mortifier même au réfectoire. Quand un mets était dédaigné par un autre, comme étant trop ou pas assez cuit, trop ou trop peu salé, Dominique le trouvait toujours à son goût. Après les repas il ramassait souvent les morceaux de pain restés sur la table et même tombés par terre, et il les mangeait comme un mets délicat… A ceux qui s’en étonnaient il répondait :

- « Tout ce que nous avons en ce monde est un don précieux de la libéralité divine ; mais après la grâce, le plus grand des bienfaits de Dieu est la nourriture qui soutient notre vie, c’est pourquoi la plus minime partie de nos aliments mérite d’être recueillie avec soin. »

Cirer les souliers, brosser les habits de ses compagnons, rendre aux malades les plus humbles services, balayer et faire d’autres ouvrages de ce genre, étaient pour lui d’agréables passe-temps. « Chacun fait ce qu’il peut, disait-il. Moi je ne suis pas capable de faire de grandes choses, mais je veux faire tout ce que je puis pour la plus grande gloire de Dieu ; et j’espère que dans son infinie bonté, le Seigneur agréera mes misérables services. » Aussi, manger des aliments qui n’étaient pas de son goût, se priver de ceux qui lui plaisaient, mortifier sa vue même en des choses indifférentes, renoncer à sa volonté, supporter avec une résignation parfaite ce qu’il avait à souffrir dans le corps ou dans l’âme : c’était là autant d’actes de vertu que Dominique pratiquait chaque jour et presque à chaque instant du jour.

Je passe sous silence, conclut Don Bosco, d’autres faits qui tous pourraient prouver combien fut grand dans ce jeune homme l’esprit de pénitence, de charité et de mortification, et en même temps, combien sa vertu était industrieuse pour profiter, même dans les choses indifférentes, des occasions grandes ou petites capables de le sanctifier et d’accroître son mérite devant Dieu.

10. La Compagnie de l’Immaculée Conception

La Compagnie de l'Immaculée ConceptionLa vie de Dominique a été un exercice continuel de piété envers la Sainte Vierge. En 1854, le chef de l’Église définit le dogme de l’Immaculée Conception de Marie. Or, Dominique désirait beaucoup laisser un vivant et durable souvenir de cet auguste titre donné par l’Église à la Reine du Ciel. Il disait alors souvent : « Je voudrais faire quelque chose en l’honneur de Marie ; mais je voudrais faire vite, car je crains de n’en avoir pas le temps. » Bientôt son projet était fixé : il invita ses plus intimes amis à établir entre eux une Compagnie de l’Immaculée Conception. Les compagnons viseraient à obtenir la protection de Marie pendant leur vie et surtout au moment de leur mort. A cette fin, Dominique proposa certains exercices de piété en l’honneur de Marie Immaculée et la communion fréquente. D’accord avec ses amis, il composa un règlement. On y apporta beaucoup de soin et il en fit la lecture devant l’autel de la Sainte Vierge, le 8 juin 1856.

En voici la teneur :

« Nous, Dominique Savio et… (suivent les noms des autres compagnons), pour obtenir la protection de la Sainte Vierge durant notre vie et à l’heure de notre mort et pour nous consacrer entièrement à son service, après avoir reçu les sacrements de Pénitence et d’Eucharistie, avons, en ce 8 juin 1856, résolu de professer envers Marie une filiale et persévérante dévotion. En conséquence, nous prenons l’engagement :

D’observer ponctuellement le règlement de la maison.

D’édifier nos condisciples par nos paroles et plus encore par nos exemples.

De toujours bien employer notre temps.

Pour réaliser ces engagements et y persévérer, nous soumettons à notre directeur le règlement qui suit :

  1. Nous voulons avant tout être parfaitement obéissants à nos supérieurs, nous abandonnant à leur direction, en toute confiance ;
  2. L’accomplissement de nos devoirs sera le premier et principal but de nos efforts ;
  3. Une charité réciproque unira nos âmes et nous fera aimer indistinctement tous nos frères, que nous avertirons avec douceur, quand nous le croirons utile, nous éviterons de nous causer mutuellement le moindre déplaisir. Nous pratiquerons la patience entre nous et avec les autres ;
  4. Il y aura chaque semaine une conférence d’une demi-heure ;
  5. La Compagnie n’impose aucune prière spéciale, mais elle recommande à tous la fréquentation assidue des sacrements ;
  6. Tous les jours, et surtout en récitant le chapelet, nous recommanderons notre société à l’auguste Vierge, afin qu’elle nous obtienne la grâce de la persévérance ;
  7. Chaque samedi sera consacré à la Sainte Vierge et nous ferons un acte de piété chrétienne en 1′honneur de son Immaculée Conception ;
  8. Nous aurons une tenue édifiante durant la prière, les lectures pieuses, aux saints offices, à l’étude et en classe ;
  9. Nous écouterons avec respect la parole de Dieu, et nous la retiendrons avec un soin jaloux pour la méditer assidûment ;
  10. Nous éviterons toute perte de temps pour nous prémunir contre les tentations, qui assaillent ordinairement dans l’oisiveté ; nous occuperons nos moments libres à des lectures pieuses et instructives, ou encore à la prière ;
  11. Nous aurons soin de signaler à nos supérieurs tout ce que nous croirons devoir être utile à notre progrès spirituel ; nous ne leur demanderons que les permissions strictement nécessaires ;
  12. Nous accepterons, sans jamais nous plaindre, la nourriture préparée ;
  13. Celui qui demandera à entrer dans l’Association, devra d’abord purifier sa conscience par une bonne confession et recevoir la Communion. Il sera ensuite mis à l’épreuve pendant une semaine. Le jour de l’admission, les Compagnons feront la sainte Communion et demanderont pour leur nouveau frère la grâce de la persévérance, de l’obéissance et le véritable amour de Dieu ;
  14. La Compagnie est placée sous le patronage de l’Immaculée Conception dont nous porterons le nom et la médaille. Une confiance sincère, filiale et illimitée en Marie, un tendre amour et une dévotion constante envers elle, nous feront surmonter tous les obstacles, nous rendront fermes dans nos résolutions, sévères pour nous, aimables envers le prochain et ponctuels en tout. Il est recommandé aux compagnons d’écrire les saints noms de Jésus et de Marie, d’abord dans leur esprit et dans leur cœur, et ensuite sur les livres et autres objets qu’ils auront sous les yeux.

Notre Directeur est prié d’examiner ce règlement, car nous voulons dépendre entièrement de sa volonté. Nous demandons à Marie de bénir nos efforts, puisque l’idée de cette Compagnie vient toute d’Elle. Qu’Elle sourie à nos espérances, bénisse nos désirs, nous couvre de son manteau et, forts de sa protection, nous défierons les tempêtes de cette mer orageuse, nous résisterons aux assauts de l’ennemi infernal.

Avec son assistance, nous avons l’espoir de faire l’édification de nos condisciples, la consolation de nos supérieurs, et de devenir ses enfants bien-aimés. De plus, si Dieu nous fait la grâce de nous consacrer totalement à son service, nous promettons d’y employer toutes nos forces, tout notre zèle ; enfin, avec la défiance de nous-mêmes et une confiance sans bornes dans le secours divin, nous espérons qu’après l’exil de cette vie, consolés par la présence de Marie, à notre dernière heure, nous obtiendrons la récompense de ceux qui auront servi Dieu sincèrement en esprit et en vérité. »

Don Bosco voulut préciser que ces promesses n’obligeraient pas sous peine de péché et invita les membres à proposer à chaque réunion tel ou tel service à rendre.

11. Ses amitiés

Ses amitiés« Celui qui a trouvé un ami fidèle, dit l’Écriture, a trouvé un trésor ». Une sainte et fidèle amitié jouit d’une grande puissance pour soulever et illuminer la vie. Dominique ne comptait que des amis. Ceux même qui ne l’affectionnaient pas, l’estimaient à cause de ses qualités. D’ailleurs, il savait s’accorder avec tous, sa vertu était à ce point solide qu’on lui conseilla même plusieurs fois de fréquenter des jeunes gens peu sérieux pour tâcher de les ramener à Dieu.

Pendant la récréation, en jouant, en causant de toutes sortes de choses, même indifférentes, il faisait du bien à leur âme. Néanmoins, ses vrais amis étaient les membres de la Compagnie de l’Immaculée Conception. Leurs réunions étaient dirigées par les élèves eux-mêmes… Chacun y adoptait un jeune élève oublieux de ses devoirs et en faisait son client. Pour tout cela, Dominique était des plus fervents. Sa parole éclairait et dirigeait les réunions.

Nous pourrions parler ici de plusieurs condisciples de Savio qui prenaient part aux réunions, mais, comme ils vivent encore, nous ne le ferons pas ; nous nous contenterons d’en mentionner deux qui déjà sont retournés à Dieu : Camille Gavio, de Tortona, et Jean Massaglia, de Marmorito. Gavio ne resta que deux mois à l’Oratoire, et ce peu de temps lui suffit pour laisser de son passage un souvenir édifiant. Dès son arrivée, il noua avec Dominique une merveilleuse amitié. Pendant la récréation, il regardait les autres jouer sans prendre part à leurs jeux. Dominique s’approcha de lui. Après avoir lié connaissance, il lui dit : « D’où vient cette tristesse sur ton visage ? Es-tu malade ?

- J’ai eu une grave maladie de cœur et je ne suis pas parfaitement guéri.
- Et tu désirerais guérir naturellement.
- Pas tant que cela. Je ne désire que la volonté de Dieu. »

Ces dernières paroles firent une grande impression sur Dominique. Elles lui révélèrent la haute piété de Gavio, et il en éprouva dans son âme un vrai bonheur. Aussi, plein de confiance, il ajouta : « Celui qui désire faire la volonté de Dieu désire se sanctifier ; tu veux donc te sanctifier… Sache donc que nous faisons consister la sainteté à être très joyeux. Nous tâchons d’éviter le péché, comme notre grand ennemi, qui nous enlève la grâce de Dieu et la paix du cœur ; pour cela nous nous efforçons de bien remplir tous nos devoirs et de nous adonner à la piété. Dès aujourd’hui, prends pour devise ces simples paroles : Servite Domino in laetitia : Servons Dieu dans la joie. »

Cette conversation fut un baume salutaire pour l’âme affligée de Gavio. Il devint l’ami fidèle de Dominique et l’imitateur de ses vertus. Mais après deux mois, la maladie l’assaillit de plus belle. Après avoir reçu les derniers sacrements avec une grande piété, il rendit sa belle âme à Dieu le 29 décembre 1855. Dominique invita instamment ses compagnons à prier pour lui. En présence du cadavre de son ami, Dominique fut profondément ému et dit ces paroles : « Adieu ! mon cher Gavio, je suis intimement persuadé que tu t’es envolé au ciel. Je te demande de m’y préparer une place. Sache que je reste ton ami, et tant que je vivrai, je prierai pour le repos de ton âme. »

Plus longues et plus intimes furent les relations amicales de Dominique avec Jean Massaglia. Ils étaient venus ensemble à l’Oratoire ; leur pays était rapproché, l’un et l’autre se destinaient à la prêtrise et nourrissaient un vrai désir de se sanctifier. Ils s’encourageaient mutuellement pour acquérir et intensifier les vertus exigées par le sacerdoce. Vers Pâques, ils firent la retraite annuelle avec les autres et furent exemplaires dans tous les exercices. Après la retraite, Dominique dit à son condisciple : « Je voudrais que nous fussions de vrais amis, des amis qui s’entraident dans la voie du salut. Si tu remarques en moi un défaut, dis-le moi, afin que je m’en corrige ; de même si tu vois quelque bien que je puisse faire, ne manque pas de me le suggérer.

- Entendu, répondit Massaglia, je le ferai volontiers pour toi, bien que tu n’en aies pas besoin ; mais toi tu auras beaucoup à faire pour moi. Comme tu le sais, par mon âge et mes études je me trouve exposé à de plus grands périls.

- Laissons-la les compliments, répliqua Dominique, et ne songeons qu’à nous aider à progresser dans la vertu. »

A partir de ce jour, Savio et Massaglia furent de vrais amis, et leur amitié fut durable, car elle était fondée sur l’amour de Dieu. Une sainte émulation, de bons conseils et de pieux exemples les entraînaient à la fuite du mal et à la pratique de la vertu.

Lorsque vinrent les vacances ils demandèrent tous les deux à rester à l’Oratoire. Dominique expliqua : « Nous savons que nos parents nous attendent et nous reverront avec plaisir ; nous aussi, nous les aimons et nous irions volontiers en vacances ; mais nous savons bien que l’oiseau, tant qu’il demeure en cage, est à l’abri de la griffe de l’épervier. Au contraire, hors de la cage, il vole où il veut, mais d’un moment à l’autre, il peut tomber sous la griffe du vautour infernal. »

Malgré cela, je crus bon, à cause de leur santé, de les envoyer passer quelque temps dans leur famille.

Dominique et Jean retournèrent en famille et ne restèrent que le temps fixé. Si je voulais raconter les actions vertueuses de Jean Massaglia, je devrais répéter ce que j’ai dit de Dominique Savio, dont il fut, tant qu’il vécut, le fidèle imitateur. Il avait une bonne santé et paraissait devoir réussir dans ses études. Quand il eut terminé sa rhétorique, il subit avec succès l’examen requis pour revêtir l’habit religieux qu’il avait tant désiré et auquel il fit honneur.

Malheureusement, il ne le porta que quelques mois. Frappé d’une maladie des intestins, par suite d’un refroidissement, il ne voulait pas interrompre ses études. Mais ses parents voulurent l’avoir auprès d’eux. C’est alors qu’il écrivit à Dominique la lettre suivante :

Bien cher Ami,

La maladie traîne en longueur et l’issue en devient douteuse… Si tu savais, mon cher Dominique, comme je m’ennuie loin de toi et de l’Oratoire, parce que je n’ai pas la facilité voulue pour accomplir mes pratiques de piété. Un seul souvenir me console : celui du jour béni où nous nous préparions ensemble à faire la sainte communion. J’espère néanmoins que, séparés de corps, nous ne le sommes pas d’esprit… Je ne sais pas ce qui m’attend ; mais, quoi qu’il arrive, il me semble que je suis prêt à faire la sainte et aimable volonté de Dieu. Si tu as quelques bons conseils à me donner, écris-moi. Donne-moi des nouvelles de ta santé. Songe à moi dans tes prières, spécialement quand tu fais la sainte communion. Bon courage ! Aime-moi en Dieu de tout ton cœur. Si nous ne pouvons nous entretenir longtemps encore durant la vie présente, j’espère qu’un jour, nous vivrons heureux en compagnie l’un de 1′autre dans l’éternité…

Jean Massaglia

Dominique répondit :

Mon cher Jean,

Tu envies, dis-tu, la facilité que nous avons ici d’accomplir nos exercices de piété. Quand je suis à Mondonio, j’éprouve la même peine. Je tâchais d’y suppléer en faisant chaque jour une visite au Saint-Sacrement et je menais avec moi des petits compagnons, aussi nombreux que possible… En ce qui me concerne, ma carcasse n’est guère vaillante. Tout me fait croire que j’approche à grands pas du terme de mes études et de ma vie. Quoi qu’il en soit, prions l’un pour 1′autre. Demandons à Dieu la grâce de faire tous les deux une bonne mort. Celui qui arrivera le premier en paradis préparera une place à l’autre ; et quand ce dernier arrivera, le premier entré lui tendra la main pour l’introduire dans la demeure du ciel. Que Dieu nous conserve toujours en sa grâce et nous aide à devenir des saints ; mais que nous soyons bientôt des saints car je crains que le temps ne nous manque…

C’est avec un amour et une affection vraiment fraternels que je me dis toujours ton ami très attaché,

Dominique Savio

De rechute en rechute, Jean Massaglia arriva bientôt au bord de la tombe. Il mourut après avoir reçu les secours de notre sainte religion. Dominique fut profondément affligé de la perte de son ami. Bien que résigné à la volonté de Dieu, il le pleura durant plusieurs jours. Ce fut la première fois que je vis cet angélique visage assombri par la douleur et mouillé de larmes. Sa santé en souffrit notablement. Son unique consolation était de prier et de faire prier pour son ami. Il ne l’oublia jamais. On l’entendit plusieurs fois s’écrier : « Mon cher Jean, tu nous as quittés. J’espère que tu es au ciel en compagnie de Camille Gavio. Quand donc irai-je vous rejoindre dans l’immense bonheur du ciel ? »

12. Faits mystérieux

Faits mystérieuxCe qui constitue la sainteté, ce ne sont pas les faits miraculeux, « mystérieux », comme dit Don Bosco, mais la perfection de la foi et de l’amour qui animent toute la vie. Le Seigneur tient cependant souvent à confirmer la sainteté par des interventions surnaturelles. Bien étroit d’esprit serait celui qui s’en offusquerait et opposerait une fin de non-recevoir à de tels faits dûment établis. Le plus extraordinaire dans la vie de Dominique fut sa fidélité parfaite à son devoir, jusque dans les plus petits détails, sa foi vive, son espérance si ferme, son amour brûlant. Mais il y eut aussi des grâces spéciales, des faits mystérieux dont saint Jean Bosco atteste l’historicité, les ayant vus de ses yeux.

Plus d’une fois quand Dominique était à l’église, surtout après la Communion, ou que le Saint-Sacrement était exposé, il lui arriva d’être ravi en extase. Privé de l’usage de ses sens, il restait là indéfiniment, il fallait l’appeler pour le faire revenir à lui. Un jour, il manqua le déjeuner, la classe et même le dîner. On le chercha vainement à l’étude, au dortoir. Don Bosco, mis au courant, soupçonna qu’il pouvait être à l’église. Il l’y trouva immobile comme une statue de pierre. Dominique se tenait debout, un pied plus haut que l’autre, une main appuyée sur le pupitre de l’antiphonaire et l’autre sur la poitrine, le regard fixé vers le tabernacle. Il ne remuait même pas les paupières. Don Bosco l’appela en vain. Il le secoua ; alors, il porta un regard étonné autour de lui.

« Comment ? dit-il, la messe est déjà finie ! » II était deux heures. Dominique demanda humblement pardon d’avoir manqué au règlement et Don Bosco l’envoya dîner en lui disant: « Si on te demande d’où tu viens, réponds que tu as fait ce que je t’ai commandé. »

Un autre jour, après son action de grâces, Don Bosco allait sortir de la sacristie quand il entendit au chœur le bruit d’une conversation. Il y trouva Dominique qui parlait et s’arrêtait comme pour écouter une réponse. Entre autres choses, il entendit clairement les paroles suivantes : « Oui, mon Dieu, je vous l’ai déjà dit, et je vous le répète, je vous aime et je veux vous aimer jusqu’à la fin de ma vie. Si vous prévoyez que je doive vous offenser, faites-moi mourir. Plutôt la mort que le péché !

Je lui demandais parfois ce qu’il faisait pour être ainsi en retard ; il répondait en toute simplicité : « Hélas, il me survient une distraction et, à ces moments, je perds le fil de mes prières et il me semble que je vois des choses si belles que les heures s’enfuient comme un instant. »

Un jour, il vint dans ma chambre et me dit :

« Venez vite avec moi, il y a une bonne œuvre à faire. »

Comme j’avais déjà expérimenté le bien-fondé de pareilles invitations, je me décidai à le suivre. Nous parcourûmes plusieurs rues. Puis, il s’arrêta à une porte, monta un escalier et s’arrêta au troisième étage où il sonna vigoureusement : « C’est ici, me dit-il, entrez » ; et il s’en retourna à l’Oratoire. On m’ouvrit : « Oh ! Venez vite, me dit on, venez vite, autrement il sera trop tard. Mon mari a eu le malheur de se faire protestant ; il est en danger de mort et demande la grâce de pouvoir mourir en bon catholique. » Le malade se confessa et mourut tandis que le prêtre lui administrait le sacrement des malades.

Un jour, je voulus demander à Dominique Savio comment il avait pu savoir qu’il y avait là un malade. Il me regarda d’un air triste et suppliant, puis se mit à pleurer. J’évitai dès lors toute demande à ce sujet. L’innocence de vie de Dominique, son amour de Dieu, ses désirs des biens célestes avaient amené son âme à un état de recueillement habituel en Dieu. Parfois, durant la récréation, il cessait tout à coup de jouer, s’éloignait de ses compagnons et se promenait seul. Interrogé sur les motifs d’une telle façon d’agir, il répondait : « Mes distractions habituelles m’assaillent ; il me semble que le ciel s’ouvre sur ma tête, et je dois quitter mes camarades de peur de dire des choses que peut-être ils tourneraient en dérision. »

Un jour que l’on parlait en récréation des âmes innocentes et pures qui « seront dans le ciel plus rapprochées de notre divin Sauveur et lui chanteront des cantiques spéciaux de gloire durant l’éternité », Dominique entra en extase. Il tomba comme mort dans les bras des personnes présentes. Ces ravissements d’esprit lui arrivaient en étude, en allant en classe, au retour et même durant la classe.

Il parlait très volontiers du Souverain Pontife et manifestait le désir de le voir avant de mourir, disant qu’il avait des choses de grande importance à lui communiquer. Il dit à Don Bosco : « Je voudrais dire au Pape qu’au milieu des tribulations qui l’attendent, il ne cesse pas de s’occuper tout particulièrement de 1′Angleterre, car Dieu prépare dans ce royaume un grand triomphe pour l’Église… Je vous confie un secret. Un jour, après ma communion, je vis une vaste plaine toute couverte de ténèbres. Elle était remplie de gens marchant à tâtons comme des voyageurs égarés. Ce pays, me dit un personnage qui se tenait près de moi, c’est l’Angleterre. » Je vis alors le pape Pie IX, majestueusement vêtu. Il tenait à la main une torche lumineuse et marchait au milieu de cette plaine obscure. A mesure qu’il s’avançait, les ténèbres disparaissaient et la plaine s’éclaira comme en plein jour.

Le Pape tenait à la main une torche lumineuse et marchait au milieu de cette plaine obscure. A mesure qu’il s’avançait, les ténèbres disparaissaient et la plaine s’éclaira comme en plein jour. « Cette torche lumineuse, me dit le même personnage, est le symbole de la foi catholique qui doit illuminer les Anglais. »

Lorsqu’on 1858, Don Bosco raconta ce fait au Pape, celui-ci répondit : « Cela me confirme dans la résolution que j’ai prise de travailler beaucoup pour l’Angleterre qui a déjà toute ma sollicitude. » (Au début du XIXe siècle, l’Angleterre ne comptait plus que quelque 160.000 catholiques. Ils sont passés depuis lors à plusieurs millions.)

Don Bosco conclut : je passe sous silence beaucoup d’autres faits de ce genre concernant Savio. Je les ai recueillis, mais je laisse à d’autres le soin de les publier quand on le jugera utile pour la plus grande gloire de Dieu.

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CHAPITRE 3

 

Le couronnement

1. Le terme approche

Le terme approcheToute la vie de Dominique Savio fut une préparation continuelle à la mort. D’ailleurs, il regardait la Compagnie de l’Immaculée Conception comme le moyen efficace de s’assurer la protection de Marie au moment de la mort. Et déjà, tous ses amis voyaient qu’elle ne tarderait pas pour Dominique. Quant à lui, il parlait de sa mort prochaine avec une précision surprenante. A cause de son état maladif, on cherchait à freiner Dominique dans l’étude et les exercices de piété. Néanmoins sa complexion délicate, le mal qui le minait, la tension d’esprit trop soutenue grignotaient chaque jour ses forces. Il s’en apercevait bien lui-même et disait souvent : « II faut que je me hâte, autrement la nuit me surprendra en chemin. » II voulait multiplier ses bonnes œuvres avant d’être surpris par la mort.

Les élèves de l’Oratoire avaient l’habitude de faire chaque mois « l’Exercice de la Bonne Mort ». On s’examinait sur le mois écoulé, on se confessait et on communiait comme si ce devait être pour la dernière fois. Pie IX avait enrichi cette pratique de nombreuses indulgences. Dominique s’en acquittait avec le plus grand recueillement. A la fin de cet exercice, Dominique dit un jour en riant. « Au lieu de dire comme toujours : Récitons un Pater et un Ave pour celui qui mourra le premier, on aurait dû dire : Pour Savio qui, de nous tous, mourra sûrement le premier. » II répéta ces paroles plusieurs fois.

A la fin d’avril 1856, il demanda à son directeur ce qu’il devait faire pour célébrer saintement le mois de Marie. Celui-ci répondit : « Remplissez bien tous vos devoirs : racontez chaque jour un récit édifiant concernant la Sainte Vierge et conduisez-vous de manière à pouvoir communier tous les jours… Demandez à la Sainte Vierge la grâce de devenir un vrai saint. — Oui de devenir un saint et aussi de faire une sainte mort. Je lui demanderai qu’elle m’assiste à mes derniers instants et qu’elle me conduise au ciel. » De fait, il montra une telle ferveur durant le mois qu’il paraissait un ange revêtu d’un corps mortel. S’il écrivait, s’il parlait, c’était de Marie ; s’il étudiait, chantait, allait en classe, il faisait tout cela pour plaire à Marie. En récréation, il avait toujours une histoire toute prête qu’il racontait à ses compagnons. Un jour, un de ses condisciples lui dit : « Si tu fais tout cette année, que feras-tu donc l’an prochain ? — Je veux faire cette année, répondit Dominique, tout ce que je puis ; l’année prochaine si j’y suis encore, je te dirai ce que je ferai. »

Tous les médecins admirèrent la gaieté, la vivacité d’esprit et la maturité de Dominique. Le docteur Vallauri disait : « Quelle perle vous avez dans ce jeune homme !… Ce sont sa faiblesse de constitution, la précocité de son intelligence, la continuelle tension de son esprit qui sont comme des limes qui usent insensiblement ses forces vitales… Le remède le plus utile serait de le laisser aller au Paradis, puisqu’il est si bien prépare. L unique moyen de prolonger sa vie est de lui interdire toute étude et de l’occuper, selon ses forces, à des travaux manuels. » (II semble bien que Dominique n’ait souffert d’aucune maladie déterminée Et ce ne sont pas ses mortifications ni l’excès de travail qui ont nui a sa santé : Don Bosco y veillait et Dominique a toujours obéi ponctuellement).

2. Derniers jours à l’Oratoire

Derniers jours à l'OratoireL’épuisement des forces de Dominique n’allait pas jusqu’à le retenir au lit continuellement. Il paraissait en classe, en étude, ou rendait ça et là de menus services. Son occupation favorite était le soin des malades, quand il y en avait à l’infirmerie. En soignant les corps, il n’oubliait pas de soigner les âmes par quelques paroles d’édification.

Un jour, il dit à l’un de ses camarades qui se plaignait : « Que veux-tu, mon cher, notre pauvre carcasse ne peut pas durer toujours, tu le sais bien II faut qu’elle tombe. Mais alors notre âme, délivrée des liens du corps, s’envolera glorieuse au ciel où elle jouira d’une santé parfaite dans un bonheur éternel.

Un autre jour, un malade refusait de prendre une potion, quelque peu amère. « Mon cher ami, lui dit Dominique, il faut prendre toute espèce de remède, car Dieu le veut ainsi. C’est lui qui a fait les remèdes. Si c’est amer, nous en aurons plus de mérite devant Dieu. D’ailleurs crois-tu que cette potion soit aussi amère que le vinaigre dont Jésus fut abreuvé sur la Croix ? » II triomphait ainsi de toutes les résistances. La santé de Dominique déclinait de plus en plus mais il désirait ardemment rester à l’Oratoire. « Je dois l’avouer, écrit Don Bosco, le regret de nous séparer était réciproque. J’aurais voulu à tout prix le garder auprès de moi, car j’avais pour lui l’affection d’un père pour le meilleur de ses fils. Cependant, je dus me résigner à le voir partir, d’autant plus que depuis quelques jours une toux opiniâtre s’était déclarée. Je prévins donc son père et le départ fut fixé au 1er mars 1857. »

Dominique lui-même offrit ce sacrifice. Il était heureux de revoir ses parents. Mais il savait que la fin était proche et il désirait tellement mourir à l’Oratoire. Le soir qui précédait son départ, il ne pouvait quitter Don Bosco, il lui dit : « Qu’est-ce qu’un malade peut faire de mieux pour augmenter ses mérites devant Dieu ?

- Offrir souvent à Dieu ses souffrances… Et encore, faire à Dieu le sacrifice de sa vie.
- Puis-je être certain que mes péchés m’ont été pardonné ?
- Je te l’assure au nom du Seigneur.
- Puis-je être certain de sauver mon âme ?
- Oui, par la miséricorde de Dieu qui ne te fera pas défaut.
- Si le démon venait me tenter, que devrai-je lui répondre ?
- Tu lui répondras que tu as vendu ton âme à Jésus-Christ et qu’il l’a payée de son sang. Tu lui demanderas aussi ce que lui, le diable, a fait pour ton âme.
- Du paradis, pourrai-je voir mes parents et mes condisciples de l’Oratoire ?
- Oui. Du paradis tu verras ce qui se passe à l’Oratoire ; tu verras tes parents et ce qui les concerne, et mille autres choses plus belles encore.
- Pourrai-je venir leur faire une visite ?
- Tu pourras venir… du moins, s’il s’agit de la plus grande gloire de Dieu.

Il me posait ces questions et mille autres semblables. On eût dit qu’il foulait déjà le seuil du paradis, et qu’avant d’y entrer, il voulait savoir ce qu’il allait y trouver.

3. Départ de Turin

Départ de TurinAu matin de son départ, Dominique fit l’Exercice de la Bonne Mort avec ses condisciples. Il se confessa et communia avec une ferveur indescriptible. « Cet Exercice, disait-il, sera réellement ma préparation à une bonne mort ; et, s’il m’arrivait de mourir en route, j’aurais déjà reçu le saint Viatique. »

Le reste de la matinée, Dominique l’employa à mettre ses affaires en ordre, comme s’il ne devait plus y toucher. Ensuite il vit ses amis, chacun en particulier, disant à chacun une parole d’encouragement. Il devait deux sous à l’un d’eux. Il lui dit : « Réglons nos comptes, autrement je serai ennuyé quand il me faudra régler les miens avec le bon Dieu. » II recommanda vivement aux compagnons de l’Immaculée Conception d’être fidèles à leurs promesses et de mettre en Marie toute leur confiance.

Au moment de partir, il dit textuellement à Don Bosco : « Vous ne voulez donc pas de ma carcasse. Cependant, je ne vous aurais embarrassé que bien peu de temps. Mais que la volonté de Dieu soit faite ! Si vous allez à Rome, souvenez-vous de ce que je vous ai dit de l’Angleterre et parlez-en au Souverain Pontife. Priez pour que je fasse une bonne mort. Au revoir, en

Paradis. » Arrivé à la porte de l’Oratoire, il serrait fortement la main de Don Bosco quand, se tournant vers ses camarades, il leur dit : « Adieu, mes amis, adieu à tous. Priez pour moi et au revoir, là où nous serons tous près du Seigneur. »

Arrivé à la porte de l’Oratoire, il serrait fortement la main de Don Bosco quand, se tournant vers ses camarades, il leur dit : « Adieu, mes amis, adieu à tous. Priez pour moi et au revoir, là où nous serons tous près du Seigneur.» Avant de franchir la porte de la cour, il dit à Don Bosco : « Faites-moi donc un cadeau… De l’argent pour le voyage de l’éternité. Vous avez reçu du Pape des indulgences pour le moment de la mort ; mettez-moi aussi parmi ceux qui peuvent y participer.

- Oui, mon cher enfant, je vais t’inscrire sur la liste. »

Don Bosco ajoute : Nous étions tous dans l’étonnement devant de tels adieux. Nous savions qu’il avait mauvaise santé, mais nous ne le croyions pas si malade. Outre cela, il avait un air constamment joyeux et nul ne soupçonnait qu’il souffrît ni dans son corps, ni dans son âme. Affligés par ses adieux impressionnants, nous gardions toutefois l’espoir de le voir bientôt revenir parmi nous. Il ne devait pas en être ainsi : Dominique était mûr pour le Ciel. En quelques années de vie il avait fourni une longue carrière et gagné la couronne des élus.

4. Les derniers jours

Les derniers joursArrivé à la maison, son état semblant s’améliorer, il fut quatre jours sans garder le lit. Mais bientôt, ses forces diminuèrent ainsi que l’appétit, la toux devint plus forte, et l’on résolut de le conduire au médecin. Ce dernier trouva le mal plus grave qu’on ne le pensait. Il crut constater une inflammation et eut recours à la saignée. Il avertit Dominique qu’il devait le faire souffrir et l’invita à détourner les yeux. Dominique se mit à rire et dit : « Qu’est-ce donc qu’une légère piqûre auprès des clous enfoncés dans les mains et les pieds de l’innocent Jésus, notre Sauveur ? » Et c’est en plaisantant qu’il regarda le sang couler de ses veines. Après plusieurs saignées, le malade parut aller mieux. Le médecin l’assura et les parents le croyaient, mais Dominique en jugeait autrement. Persuadé qu’il vaut mieux se mettre en avance qu’en retard quand il s’agit des derniers sacrements, il dit à son père :

« Papa, il serait bon maintenant de consulter le médecin de l’âme. Je désire me confesser et communier. »

Ses parents, qui croyaient à une amélioration, furent peinés de cette demande. Mais, pour lui être agréable, Monsieur le Curé vint aussitôt, le confessa et lui apporta le Saint Viatique. Chacun peut facilement s’imaginer avec quelle ferveur et quel recueillement Dominique fit cette communion. Il communiait toujours avec la piété d’un saint Louis de Gonzague. « Mais, qui pourrait dire, déclare Don Bosco, les élans d’amour qui partaient de cette âme innocente pour aller à la rencontre de son unique Bien-Aimé pour cette dernière communion ? »

II répéta plusieurs fois les promesses de sa première Communion : « Oui, oui, ô Jésus, ô Marie, vous serez toujours les amis de mon cœur. Je le répète et je voudrais le dire mille fois : mourir, mais pas de péchés ». Après son action de grâces, il dit avec le plus grand calme : « Maintenant je suis heureux. Il est vrai que j’ai un grand voyage à faire, le voyage de l’éternité, mais avec Jésus pour ami et pour compagnon, je ne crains plus rien, pas même la mort. » Sa patience avait été exemplaire durant sa vie : il avait supporté sans se plaindre toutes sortes d’incommodités ; sur son lit de mort, il fut un vrai modèle de sainteté. Il n’acceptait l’aide de personne pour ses besoins ordinaires. « Je veux causer le moins de dérangement possible à mes père et mère. Ils ont déjà tant fait pour moi. Quelle reconnaissance je désire leur témoigner ! » Il prenait les remèdes les plus désagréables sans témoigner aucune répugnance. Il supporta dix saignées sans se plaindre.

Après quatre jours, le médecin se félicitait d’avoir « triomphé du mal » et envisageait déjà une bonne convalescence. Les parents se réjouirent, mais Dominique se mit à plaisanter : « Nous avons triomphé du monde ; il ne me reste plus qu’à paraître devant Dieu pour être jugé. » Après le départ du médecin, Dominique demanda à recevoir l’Extrême-Onction. Ni ses parents, ni Monsieur le Curé ne croyaient Dominique à l’article de la mort ; au contraire, la sérénité de son visage, l’amabilité de ses paroles leur faisaient croire à une sensible amélioration. Dominique, quant à lui, employait chaque moment qui lui restait à vivre, à se préparer à paraître devant Dieu. Avant de recevoir l’Extrême-Onction, il fit cette prière : « O mon Dieu, pardonnez-moi tous mes péchés. Je vous aime et je veux vous aimer éternellement. Que ce sacrement, don de votre infinie miséricorde, enlève de mon âme tous les péchés que j’ai commis par mes yeux, mes oreilles, ma bouche, mes mains et mes pieds. Que mon âme et mon corps soient entièrement purifiés par les mérites de votre sainte passion. Ainsi soit-il ! » Dominique répondit aux prières de l’Extrême-Onction avec tant d’à-propos, et avec une voix si claire qu’on l’aurait cru en parfaite santé. C’était le 9 mars 1857. Les saignées, les remèdes avaient complètement épuisé ses forces. Monsieur le Curé lui donna la bénédiction papale. Le malade récita lui-même le Confiteor et répondit aux prières du prêtre. Quand on lui eut dit que, par cette bénédiction, le Pape accordait une indulgence plénière, il en éprouva une grande consolation « Deo gratias ! dit-il, semper Deo gratias. » Ensuite, regardant son crucifix, il récita ces vers qui lui étaient familiers : « Seigneur, je vous donne toute ma liberté. Voici mon corps et toutes mes puissances, prenez-les. Je vous donne tout, car tout vous appartient, ô mon Dieu. Et je m’abandonne entièrement à votre bon vouloir. »

5. La fin

La finC’est une vérité de foi qu’à sa mort l’homme recueille le fruit de ses œuvres. Mais, parfois, de bonnes âmes, après une sainte vie, voient s’approcher la mort avec épouvante. Dieu, dans ses adorables desseins, veut ainsi les purifier des taches légères qu’elles ont contractées et embellir leur couronne. Il n’en fut pas ainsi de notre Dominique. Dieu a voulu lui donner dès cette vie le centuple qu’il promet à ses amis fidèles avant de les introduire dans la gloire. Et de fait, son innocence conservée jusqu’au dernier moment, sa foi vive, sa prière continuelle, ses longues pénitences et sa vie remplie de tribulations, tout cela avait mérité à Dominique cette joie, cette paix qu’il goûtait au moment suprême. On peut dire que Dominique s’endormit plutôt qu’il ne mourut.

On était au soir du 9 mars 1857. Il avait reçu tous les secours de notre sainte religion. Son air gai, ses yeux éveillés, la pleine possession de lui-même émerveillaient tous ceux qui étaient présent, et personne, excepté lui, ne croyait à sa mort imminente. On eût dit qu’il se reposait. Admirable était la tranquillité avec laquelle il recommandait son âme à Dieu. Il faisait de fréquentes oraisons jaculatoires, mais uniquement pour dire à Dieu combien il lui tardait de Le voir. Après avoir récité quelques prières avec Dominique, Monsieur le Curé songeait à partir. « Monsieur le Curé, lui dit le mourant, ne me laisserez-vous pas un souvenir ?…

- « Et bien, mon enfant, songe à la mort de N.S. Jésus-Christ. »
- « Deo gratias ! » répondit Dominique.

Après avoir dit ces paroles, il sembla dormir pendant environ une demi-heure. Puis, soudain, il jeta un regard sur ses parents : « Papa, dit-il, nous y sommes !… Il est temps de me lire les litanies de la bonne mort. »

A ces paroles, la mère éclata en sanglots et quitta la chambre du malade. Le père avait l’âme brisée de douleur et les larmes étouffaient sa voix, mais il se fit violence et récita les litanies. Dominique répétait mot à mot ce que son père disait ; toutefois à la fin chaque invocation, il voulait dire seul : « Miséricordieux Jésus, avez pitié de moi ».

Arrivé à ces paroles : « Quand mon âme paraîtra devant vous et verra pour la première fois l’immortelle splendeur de votre majesté, ne la rejetez pas de votre présence, mais daignez la recevoir dans le sein de votre miséricorde, afin que je chante éternellement vos louanges », Dominique ajouta : « Voilà ce que je désire : chanter éternellement les louanges de Dieu ».

Ensuite il sembla réfléchir à une chose très importante. Mais bientôt, il dit d’une voix claire et joyeuse : « Adieu, mon cher papa ! adieu !… Oh ! que c’est beau ce que je vois… ! » En disant ces paroles, le sourire sur les lèvres, le visage épanoui par une joie céleste, il expira, les mains jointes en forme de croix sur la poitrine, sans faire le plus léger mouvement.

Don Bosco conclut : Ame fidèle, retourne à ton Créateur. Le ciel t’ouvre ses portes, les anges et les saints t’y ont préparé une belle fête. Ton Jésus que tu as tant aimé, te tend les bras et t’appelle. « Viens, dit-il, viens, ô bon et fidèle serviteur, tu as combattu, tu as remporté la victoire, viens pour toujours partager la joie de ton Seigneur : Intra in gaudium Domini tui ».

6. Dominique reste vivant

Dominique reste vivantLe père avait cru d’abord que Dominique s’était endormi. Mais il était bel et bien mort. Quelle désolation pour les parents ! Le père écrivit à Don Bosco : « C’est les larmes aux yeux que je vous annonce la plus triste des nouvelles. Mon cher fils Dominique, votre élève, ce lis de pureté, cet autre saint Louis de Gonzague, a rendu son âme à Dieu hier soir, 9 mars, après avoir reçu de la manière la plus consolante les derniers sacrements et la bénédiction papale. »

Cette nouvelle jeta une véritable consternation parmi les élèves ; les uns pleuraient la perte d’un conseiller et d’un ami fidèle ; les autres déclaraient que la mort leur enlevait un modèle de véritable piété ; d’autres se réunissaient et priaient pour le repos de son âme ; la plupart disaient : « C’était un saint, il est déjà au Paradis », et l’on se recommandait à lui comme à un intercesseur auprès de Dieu. Tous se disputaient l’honneur de posséder quelque chose de lui. Don Picco, son professeur, fit de lui le plus magnifique éloge devant ses condisciples.

Mais, ce n’était pas fini. « Dominique avait rêvé d’apostolat et de sacerdoce : la réalité allait dépasser le rêve. Là-haut, sa mission commençait. Elle n’a pas cessé. Elle se fera chaque jour plus lumineuse et plus bienfaisante…

Déjà durant sa vie mortelle, Dominique avait été un chef, un guide pour ses camarades : nombre d’entre eux s’efforçaient de suivre ses conseils et d’imiter ses vertus. Beaucoup, frappés de sa conduite exemplaire, de la sainteté de sa vie, de sa pureté rayonnante, se recommandaient à ses prières ; et l’on entendit raconter bien des grâces obtenues du Seigneur par les prières de Dominique pendant sa vie. Mais, après sa mort, la confiance et la vénération envers le saint enfant augmentèrent sensiblement. Déjà, bien des compagnons le proclamaient saint. On alla réciter pour lui les litanies de la Sainte Vierge comme nous le faisons pour les défunts ; mais, beaucoup disaient : « Dominique est déjà au Ciel et il n’a plus besoin de nos prières ». D’autres disaient : « Si Dominique n’est pas allé tout droit en Paradis, lui qui mena une vie si sainte et si pure, qui pourra jamais avoir confiance d’y aller ? » Dès lors aussi, plusieurs de ses amis et compagnons, témoins de ses vertus, s’appliquèrent à le prendre comme modèle de leur conduite et se mirent à se recommander à lui comme à un protecteur céleste. Presque chaque jour, on signalait des grâces temporelles et spirituelles attribuées à son intercession. Don Bosco lui-même atteste d’avoir été témoin de faits de ce genre : mal de dent terrible, fièvre violente stoppés net à l’invocation de Dominique Savio… Il atteste encore d’être en possession de nombreuses relations de grâces ainsi obtenues. Les bénéficiaires étant encore en vie, il se contente de raconter la guérison d’un condisciple de Dominique. Des maux de tête et d’estomac tenaces l’avaient obligé à ajourner des examens. Aucun espoir d’amélioration ne lui était permis lorsqu’il songea à invoquer Dominique par une neuvaine de prière. Avant la fin de la neuvaine, il était parfaitement guéri et pouvait se remettre au travail.

Don Bosco conclut sa biographie de Dominique par ces précieuses consignes : je voudrais que nous nous mettions résolument à imiter les vertus du jeune Savio, en ce qu’elles ont de compatible avec notre état. Dans son humble condition, il mena une vie laborieuse, vertueuse et exemplaire qui fut couronnée par une sainte mort. Imitons-le dans sa vie et nous aurons le bonheur de lui ressembler dans sa précieuse mort. Surtout, ne manquons pas d’imiter Dominique dans la fréquentation des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie. C’est là qu’il trouva le secret de bien vivre et de bien mourir. Allons fréquemment et pieusement nous plonger dans ce bain salutaire. Mais chaque fois que nous nous confessons, ne manquons pas de jeter un regard sur les confessions précédentes pour voir si elles ont été bien faites. Si nous y découvrons quelque défaut, hâtons-nous de le réparer. Il me semble que c’est le vrai moyen de vivre heureux au milieu des misères de cette vie et de voir arriver avec calme le moment de notre mort. Et alors, la joie sur le visage et la paix dans le cœur, nous irons à la rencontre de notre doux Sauveur qui nous accueillera avec bonté et nous recevra dans sa miséricorde ; c’est ce que j’espère pour moi et pour vous, bien-aimé lecteur : passer de ce lieu d’exil à la patrie céleste où nous louerons et bénirons Dieu durant les siècles éternels. (Combien frappante cette « leçon majeure » de la vie Dominique Savio selon Don Bosco, cet éducateur hors pair : de vraies confessions, secret d’une vie réussie. Si les éducateurs chrétiens pouvaient le comprendre !).

7. Dominique revient

Dominique revientUn mois après sa mort, Dominique Savio apparaît à son père. Celui-ci ne peut en croire ses yeux : « Je rêve sans doute ». Dominique, le visage inondé de joie, lui répond : « Non, tu ne rêves pas : c’est bien moi, Dominique. »

- Dominique. Où es-tu ? Es-tu déjà au Paradis ?

- Oui, père, je suis au ciel ; je suis au comble de la joie. On ne pourrait rien ajouter à mon bonheur.

- Oh alors, prie pour nous tous pour que nous y soyons tous réunis un jour.

- Je prierai.

Et il disparaît.

La nuit du 6 décembre 1876, Dominique visita en songe Don Bosco (ce rie fut pas la seule fois). Les « songes » de Don Bosco sont célèbres. Il en eut par centaines. On peut les considérer comme de véritables visions, que le ciel lui envoyait pendant son sommeil. Elles lui apportèrent toute sa vie de précieuses leçons concernant la manière de diriger enfants et jeunes gens. Souvent, elles lui traçaient son chemin, lui apportaient des assurances réconfortantes ou encore des annonces prophétiques : tout se réalisa toujours à la lettre. C’est sur l’ordre formel du Pape Pie IX que Don Bosco en écrivit lui-même un certain nombre.

Nous résumons ici le récit de Don Bosco concernant le songe du 6 décembre 1876, tout en laissant tout de même la parole à Don Bosco lui-même.

« Il me semblait être sur une petite hauteur, à proximité d’une immense plaine vaste comme l’océan. Cette plaine était bleue comme une mer parfaitement calme. Elle était divisée par de larges et gigantesques boulevards en vastes jardins où l’on voyait des parterres de fleurs aux couleurs variées et des bosquets de toutes sortes. Tout cela était d’une beauté ineffable, vraiment céleste… Les feuilles des arbres étaient d’or, le tronc et les branches de diamant. Je voyais des palais sans nombre disséminés à travers ces jardins, mais si bien alignés et si beaux que je me disais : « Si nos jeunes gens avaient un seul de ces palais, comme ils seraient heureux de l’habiter ! » Et je pensais à la beauté intérieure de ces palais qui devait être beaucoup plus grande encore. Tandis que j’admirais ces magnificences, j’entendis tout à coup une musique d’une harmonie incomparable. Il y avait des milliers d’instruments qui, tous, donnaient un son différent l’un de l’autre. Une multitude de personnes se tenaient dans ces jardins. Les unes jouaient d’un instrument, les autres chantaient ; et l’on entendait simultanément tous les sons de la gamme musicale du plus bas au plus élevé dans un accord parfait. Ils chantaient : « Salut, honneur, gloire à Dieu le Père tout-puissant. Auteur du monde, qui était, qui est, et qui viendra juger les vivants et les morts dans les siècles des siècles ». J’écoutais extasié, lorsque je vis venir à moi une foule innombrable de jeunes gens, de prêtres et d’abbés. J’en reconnus beaucoup qui avaient fréquenté l’Oratoire et d’autres collèges, mais le plus grand nombre m’étaient complètement inconnus. A leur tête s’avançait Dominique Savio. Je battais des mains pour m’assurer si je rêvais ou si j’étais éveillé. Cette foule s’arrêta à huit ou dix pas de moi. Alors je vis briller un éclair, la musique cessa, et un grand silence se fit. Tous ces jeunes gens paraissaient remplis d’une joie extrême qui brillait dans leurs yeux et sur leurs visages. Dominique s’avança seul de quelques pas. J’aurais pu le toucher de la main. Il se taisait et me regardait en souriant. Qu’il était beau ! Rien de merveilleux comme ses vêtements. Une tunique plus blanche que la neige et toute parsemée de diamants lui descendait jusqu’aux pieds. Autour des reins une large ceinture rouge ornée de perles ; au cou, un collier de fleurs exotiques brillant d’un éclat merveilleux dont la lumière se reflétait sur son visage frais et vermeil. Sur la tête une couronne de rosés. Sa chevelure ondoyante descendait sur ses épaules et lui donnait un aspect si beau, si aimable, si attrayant qu’il ressemblait vraiment à un ange. Ses compagnons, tout resplendissants de lumière, portaient des costumes différents, mais tous superbes ; tous avaient la ceinture de pourpre. Hors de moi et tremblant, je continuais à regarder, ne sachant pas où je me trouvais. Enfin Dominique rompit le silence : « Eh quoi, me dit-il, n’êtes-vous donc plus cet homme intrépide qui ne craignait ni la calomnie ni la persécution ? Pourquoi me paraissez-vous troublé et ne me parlez-vous pas ?

- Je ne sais vraiment quoi te dire. Tu es donc bien Dominique Savio ? Comment te trouves-tu ici ?

Et Dominique Savio me répondit d’un ton affectueux :

- Je suis venu vous parler. Nous nous sommes parlé tant de fois sur la terre !… Ne vous ai-je pas donné toute ma confiance ? Pourquoi donc avez-vous peur ?

- Je suis tout effrayé, lui dis-je, parce que je ne sais pas où je me trouve.

- Vous êtes dans le séjour de la béatitude.

- C’est donc ici que Dieu récompense les justes ?

- Ici nous ne goûtons pas les biens éternels mais seulement des biens temporels. Ce n’est pas le Paradis. Aucun œil mortel ne peut voir l’éternelle Beauté. Et cette lumière extraordinaire n’est qu’une lumière naturelle multipliée par la puissance de Dieu… Le moindre rayon de lumière surnaturelle suffirait pour faire mourir un homme à l’instant.

- Et ne pourrait-on pas voir une lumière naturelle encore plus belle que celle-ci ?

- Si, évidemment. Regardez ».

Alors apparut subitement dans le lointain un petit rayon de lumière tellement vive que je fermai les yeux et lançai un grand cri. Cette lumière était cent millions de fois plus éclatante que celle du soleil et son éclat suffisait pour éclairer tout l’univers. Après quelques instants, je rouvris les yeux et je dis à Savio : « Qu’est-ce que cette lumière ? N’est-ce pas la lumière divine ?

- Non, c’est une lumière naturelle multipliée par la puissance de Dieu, mais, quand bien même un cercle immense de cette lumière envelopperait le monde, elle ne donnerait pas encore une idée de la splendeur du Paradis.

- Mais quel est donc votre bonheur en Paradis ?

- Vous le dire est impossible. Il faut avoir quitté la vie pour le savoir. Nous jouissons de Dieu, c’est tout dire ».

Alors, pleinement revenu à moi-même, je contemplai avec admiration la beauté de Dominique Savio et de ses compagnons. Je lui dis : « Pourquoi as-tu une robe si blanche et si brillante ? »

Le chœur répondit, accompagné de tous les instruments : « Ils ceignirent leurs reins et blanchirent leur robe dans le sang de l’Agneau ».

« Pourquoi portes-tu autour des reins cette ceinture de pourpre ? »

Don Alassonati, prêtre ayant secondé Don Bosco, se mit à chanter : « Ils sont vierges et accompagnent l’Agneau partout où il va ».

Je compris que cette ceinture était le symbole des sacrifices que Dominique avait faits pour garder la chasteté, sacrifices si grands qu’on peut les comparer au martyre. Cependant, voyant la foule de jeunes gens derrière Dominique : « Et ceux-ci, demandai-je, qui sont-ils ? » Ils se mirent tous à chanter : « Ils sont comme les anges de Dieu dans le ciel ». Or, Savio avait évidemment la prééminence sur tous les autres. Je lui dis : « Comment se fait-il que toi, le plus jeune de ceux qui moururent dans nos maisons, tu es le premier ? Pourquoi parles-tu tandis qu’ils se taisent ?

- C’est que je suis le plus âgé de tous ceux-ci… Et puis, je m’acquitte d’une ambassade de la part de Dieu ».

- Eh bien ! dis-je résolument, parle-moi du passé, du présent et de l’avenir de notre Oratoire. Dis-moi quelque chose de mes chers fils, parle-moi de la Congrégation salésienne.

- Sur tous ces points j’aurais beaucoup de choses à vous révéler.

- Dis-moi donc ce que tu sais : parle-moi du passé.

- Dans le passé, la Congrégation a fait beaucoup de bien. Voyez-vous cette foule innombrable de jeunes gens ?… Regardez l’inscription qui se trouve sur la porte de ce jardin : « Jardin Salésien ». Eh bien ! Ceux que vous voyez là sont tous Salésiens ou sauvés grâce aux Salésiens. Comptez-les si vous pouvez. Or, il y en aurait cent millions de fois plus si vous aviez eu plus de foi et de confiance dans le Seigneur ». Je soupirai profondément en entendant ce reproche, et je me promis d’avoir plus de foi à l’avenir.

- « Et le présent » demandai-je.

Savio me montra alors un magnifique bouquet qu’il tenait à la main. Il était fait de violettes, de roses, de tournesols, de gentianes, de lis et d’immortelles avec, ça et là, quelques épis de blé. Il me le présenta en disant : « Ce bouquet, présentez-le à vos fils; faites en sorte que tous l’aient et que personne ne le leur enlève. Il fera leur bonheur… Ces fleurs symbolisent les vertus qui plaisent le plus au Seigneur.

- Et quelles sont ces vertus ?

- La rose est le symbole de la charité, la violette de l’humilité, le tournesol de l’obéissance, la gentiane

de la pénitence et de la mortification, les épis de blé, de la communion fréquente et les lis, de cette belle vertu dont il est écrit : « Ils seront comme les anges de Dieu dans le ciel » ; enfin l’immortelle signifie que ces vertus doivent durer toujours, elle est le symbole de la persévérance.

- Eh bien ! mon cher Dominique, toi qui as pratiqué toutes ces vertus, dis-moi ce qui t’a le plus consolé à l’heure de la mort ?

- Et vous, qu’en pensez-vous ? me dit Savio.

- C’est peut-être d’avoir conservé sans tache la vertu de pureté…, ou la paix d’une bonne conscience…, ou l’espérance du Paradis… ou le trésor de tes bonnes œuvres ?

- Non, non. Il y a mieux… Ce fut l’assistance de l’aimable et puissante Mère de Dieu. Et cela, dites-le à vos fils, afin qu’ils ne cessent de la prier jusqu’à la fin de leur vie ».

- «Parlons donc de l’avenir.

- L’année prochaine (1877), vous éprouverez une grande douleur. Six de vos plus chers fils seront appelés par Dieu dans l’éternité. Mais Dieu vous aidera et vous enverra d’autres fils également vertueux.

- Et pour ce qui regarde la Congrégation ?

- L’année prochaine lui réserve une aurore si brillante, qu’elle illuminera comme un soleil les quatre coins du globe. Si vos prêtres se montrent dignes de leur haute mission, l’avenir sera magnifique et apportera le salut à un grand nombre d’âmes, à condition cependant que vos fils soient fidèles à la dévotion à Marie et qu’ils gardent la chasteté, cette vertu si belle aux yeux de Dieu.

- Voudrais-tu me dire maintenant quelque chose de l’Église, de Pie IX ?

- Pie IX n’a plus désormais que quelques batailles à soutenir et il sera couronné. Quant à l’Église, elle est inébranlable.

- Et pour ce qui me concerne ?

- Oh ! si vous saviez quelles luttes vous avez encore à soutenir ! Mais hâtez-vous, car je n’ai plus guère de temps à vous consacrer ».

Alors j’étendis le bras pour saisir ce cher fils mais, comme si ses mains eussent été d’air, je ne saisis rien. Dominique expliqua : « Par la volonté divine, l’âme, séparée du corps, en conserve les apparences quoiqu’elle ne lui soit plus unie. Voilà pourquoi il vous semble que j’ai des mains et une tête, mais vous ne pouvez me saisir parce que je suis un pur esprit. C’est cette forme extérieure qui me fait reconnaître.

- Encore une question. Mes jeunes gens sont-ils dans la voie du salut ?

- On peut les distribuer en trois classes. Voyez-vous ces trois billets ?… Regardez ».

J’ouvris le premier billet et je vis écrit « invulnerati » (sans blessure). Il contenait le nom de ceux qui avaient conservé sans tache leur innocence. Ils étaient nombreux et je les vis tous. J’en connaissais un grand nombre. Ils marchaient le corps droit malgré les flèches lancées contre eux. Dominique me donna le second billet sur lequel je lus le mot « vulnerati » (blessés). Il contenait les noms de ceux qui avaient perdu la grâce de Dieu, mais qui avaient été guéris par le repentir et la confession. Ils étaient plus nombreux que les précédents. Je lus le billet et je vis tous ces jeunes gens. Savio tenait encore le troisième billet ; on y lisait « lassati in via iniquitatis » (ceux qui ont persévéré dans la voie de l’iniquité). Là devaient figurer les noms de tous ceux qui vivaient dans le péché mortel. J’étais impatient de les connaître. Mais Savio me dit avec une certaine vivacité : « Attendez un moment. Quand vous ouvrirez ce billet, il en sortira une puanteur que vous ne pourrez supporter. Les anges et l’Esprit-Saint lui-même sentent la puanteur du péché et l’ont en horreur ».

Il me donna le troisième billet et me dit : « Prenez-le et sachez en profiter pour vos jeunes gens ; mais n’oubliez pas le bouquet que je vous ai montré. Ayez soin que tous l’aient et le conservent ». J’ouvris le billet. Il ne portait aucun nom, mais à l’instant je vis tous ceux qui s’y trouvaient comme s’ils eussent été présents sous mes yeux. Je les vis avec une grande amertume de cœur, car j’en reconnus la plus grande partie. J’en vis beaucoup qui passaient pour bons ou étaient même considérés comme des meilleurs. A peine eu-je ouvert le billet qu’il s’en exhala une puanteur tellement insupportable que je crus en mourir. L’air s’obscurcit et la merveilleuse vision disparut. J’entendis un grand coup de tonnerre et je m’éveillai rempli d’épouvante. Cette puanteur pénétra jusqu’aux murailles et s’attacha si bien à mes vêtements que, longtemps après, je croyais encore la sentir. Même aujourd’hui, rien qu’en y pensant, j’ai des nausées et j’éprouve une envie de vomir. Dans mes entretiens avec beaucoup d’intéressés, j’ai constaté que les indications du songe étaient tout à fait exactes.

8. Les reliques de Dominique Savio

Les reliques de Dominique SavioDominique fut enterré au cimetière de Mondonio, où ses restes furent entourés de plus en plus de précautions et de respect. On en fit déjà plusieurs reconnaissances. Lorsque fut ouvert le procès en vue de la béatification (1908), on jugea qu’il convenait de les transférer dans la Basilique de Marie-Auxiliatrice, à Turin, auprès de ceux de Don Bosco. En 1950, une dernière reconnaissance eut lieu en présence de l’Archevêque de Turin. Aux regards émus des assistants apparut, en parfait état de conservation, ce qui restait du jeune saint : le crâne, les vertèbres, une omoplate, les os principaux des bras et des jambes. Ces ossements étaient contenus dans une précieuse châsse exposée à la vénération des pèlerins. Dans la nuit du 19 au 20 février 1971, un sacrilège fut perpétré à l’égard de ces reliques. La châsse fut profanée, saccagée. Certains ossements avaient été parsemés dans la basilique. D’autres avaient disparu. Près de dix ans plus tard, le Père Supérieur des Salésiens français recevait un paquet qui fit l’effet d’une bombe. Il contenait les reliques de Dominique Savio qui avaient disparu depuis 1971. Elles ont été officiellement identifiées et ont regagné leur place dans l’urne sous l’autel du jeune saint. Une lettre anonyme accompagnait le paquet : elle disait la joie de la restitution et demandait une messe en l’honneur de Dominique Savio pour le voleur. Des questions restées sans réponse : Qui est le voleur ? Ses intentions lors du vol et lors de la restitution ?

9. Miracles

MiraclesDans les causes de béatification et de canonisation, l’Église tient grand compte des miracles réalisés par l’intercession des Serviteurs de Dieu et dans lesquels elle trouve une confirmation définitive de leur sainteté par Dieu lui-même. Elle en exige en principe deux irréfutables pour la béatification et deux pour la canonisation. Dominique Savio avait à peine quitté cette terre que déjà les faveurs temporelles et spirituelles attribuées à son intercession se multipliaient avec une étonnante rapidité. Relevons seulement les quatre miracles retenus pour le procès et dont l’authenticité a été officiellement reconnue par la Sacrée Congrégation des Rites.

En vue de la béatification, deux miracles en faveur de jeunes. En 1927, Albano Sabatino, âgé de 7 ans, de Siano (Saleme-Italie), souffre de divers maux très graves (septicémie, bronchopneumonie, néphrite aiguë, hémorragie, méningite). Le médecin ne laisse aucun espoir. La maman prie Dominique avec toute l’ardeur de sa foi. Le lendemain, Albano se lève complètement guéri. En 1935, à Barcelone, une fille du Patronage des Filles de Marie-Auxiliatrice, Maria Consuelo Adelantado, âgée de 16 ans, fit une chute malencontreuse : double fracture du coude gauche avec dislocation des fragments osseux. Dans un songe, le Cardinal Cagliero l’invite à faire avec foi une neuvaine à Dominique Savio et lui promet par ce moyen sa guérison pour un jour tout proche. Elle fit la neuvaine et le jour indiqué, elle était guérie.

En vue de la canonisation, deux miracles en faveur de mamans de famille nombreuse. Madame Micelli, de Lecce (Italie) était atteinte d’une sinusite maxillaire et frontale. L’état général était alarmant , 1′opération s’avérait délicate. Un fait banal lui rappela le souvenir de Dominique Savio. Elle le pria. Le lendemain, elle était guérie : c’était le 9 mars 1950, jour anniversaire de la mort du saint. En 1950 encore, Madame Procelli était atteinte d’une anémie aiguë causée par une hémorragie interne. La famille s’opposa à une opération immédiate à laquelle la malade ne pouvait normalement que succomber. Pensant aux six petits enfants, le médecin, tout ému, se mit à prier Dominique Savio, y invitant aussi la famille. La nuit suivante, la patiente était hors de danger et bientôt la guérison se révéla complète. Dans la suite, le médecin se recommanda régulièrement à Dominique Savio qui, selon son témoignage, l’éclaira et l’aida beaucoup dans ses diagnostics.

10. Sur les autels

Sur les autelsCe n’est qu’en 1908 que fut ouvert à Turin le procès informatif sur la sainteté de Dominique Savio, sur l’héroïcité de ses vertus. On avait, en effet, peine à croire qu’un « enfant de 15 ans » non martyr pût être un saint authentique à proposer à la vénération des fidèles. Mais la vérité s’imposa. En 1914, le dossier, positif, était transmis à Rome, où tout devait être réétudié : de ce fait, Dominique devenait « Serviteur de Dieu ». En 1933, jubilé de la Rédemption, Pie XI reconnaissait officiellement l’héroïcité de ses vertus et le proclamait « Vénérable ». En 1950, Année Sainte, après la reconnaissance des deux miracles, Dominique était proclamé « Bienheureux » par le Pape Pie XII. Le ciel voulait de toute évidence hâter sa glorification totale : l’année même se produisaient les deux miracles insignes exigés à cet effet. C’est le 12 juin 1954, Année Mariale, quinze jours après le Pape Pie X, le Pape de la communion précoce et fréquente, que Dominique Savio était proclamé Saint par le Pape Pie XII.

Soulignons que Dominique peut être considéré comme le saint de l’Eucharistie et du sacrement de Pénitence. Sa première communion, à 7 ans, a été un point de départ vers la sainteté. L’Eucharistie fut vraiment le centre vital de toute sa vie. Son élan vers la sainteté a été entretenu et n’a cessé de s’intensifier grâce au sacrement de Pénitence. Il est tout particulièrement le saint de la très Sainte Vierge Marie, au Cœur Immaculé et Douloureux. C’est elle qui l’a vraiment pris par la main pour le hisser jusqu’aux plus hauts sommets. Que de fois elle s’est manifestée à lui dans des faits mystérieux, comme le jour où une Dame à l’aspect majestueux marcha à ses côtés tandis qu’il retournait à Mondonio et disparut subitement au terme du voyage (fait non mentionné par Don Bosco dans sa biographie), comme dans tant d’autres faits mentionnés dans ce livre. Que de fois, elle se servit de lui comme messager auprès de Don Bosco et auprès du Pape aussi… C’est toujours vers la Sainte Vierge qu’il conduisit les compagnons qu’il voulait mener vers Jésus (Compagnie de l’Immaculée Conception). Comme il est significatif qu’ayant pris son envol décisif vers la sainteté le 8 décembre 1854, une Année Mariale, le jour même où le Pape proclamait le dogme de l’Immaculée Conception, il a été proclamé saint en l’Année Mariale 1954, tandis que l’Église fêtait le centenaire de ce grand événement. Dominique peut être considéré comme le Patron des enfants et des jeunes chrétiens. Il est le plus jeune saint non martyr dans l’Église. En le proclamant saint, Pie XII le leur proposait comme modèle, comme chef de file, comme entraîneur. Il peut être considéré aussi comme le Patron des mamans qui attendent une naissance. Un jour où sa maman attendait une naissance qui s’avérait devoir être très problématique, Dominique accourut à son chevet, l’embrassa, lui mit au cou le scapulaire de Notre-Dame et rentra à Turin. Tout se passa au mieux. Il avait annoncé à Don Bosco que la Sainte Vierge voulait guérir sa maman (fait non relaté dans la biographie de Don Bosco). Bien des mamans témoignent avoir été manifestement assistées par Dominique Savio. Il existe à cet effet un scapulaire de Dominique Savio, destiné aux mamans.

11. La pensée des Papes

« L’Église a besoin de ce jeune qui mérite d’être donné comme chef de file à tous les jeunes chrétiens… » Pie X

« Par son entrain et sa pureté, il plaira aux jeunes : ils verront en lui un jeune, en tout semblable à eux… » Benoît XV

« Petit de taille, mais géant par l’épanouissement de la grâce dans son âme. Comme nous avons besoin de montrer bien haut à la jeunesse d’aujourd’hui un tel modèle de pureté, de piété, d’apostolat. » Pie XI

« L’Église met Dominique Savio sur les autels pour qu’il devienne le Patron et le modèle des jeunes dans l’Église… A un âge aussi tendre, on découvre avec stupeur les voies merveilleuses de la grâce divine. » Pie XII

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